Démissions au CDP : l’opposition burkinabè jubile, le parti de Compaoré sous le choc

Le président Blaise Compaoré en novembre à Ouagadougou. © AFP

Suite à l'annonce, dimanche, des démissions de plusieurs cadres historiques du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, au pouvoir), l'opposition n'a pas boudé son plaisir, lundi. Quant au parti de Blaise Compaoré, il accuse le coup.

Mis à jour à 16h39.

Depuis lundi matin, le Burkina ne parle que de ça. La démission de 75 membres du CDP dont plusieurs cadres historiques ayant occupé des fonctions-clés au sein de l’appareil d’État (Salif Diallo, Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré…) semble, sans surprise, réjouir les opposants au régime du président Blaise Compaoré. Ces derniers, divisés en 45 partis différents, ont organisé une conférence de presse à Ouagadougou.

Une délégation conduite par cinq présidents de partis dont le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, ont profité de l’évènement pour présenter leurs vœux et, surtout, annoncer leur feuille de route pour ce début d’année 2014. Mise en place d’un état-major permanent de crise (EMPC), organisation d’une grande journée de protestation nationale le 18 janvier prochain… Les opposants au régime de Blaise Compaoré ont accéléré leur calendrier politique et espèrent bien profiter de la crise au CDP pour gagner du terrain et, pourquoi pas, de nouvelles recrues venues tout droit du camp d’en face. "Si les démissionnaires du CDP ont envie de venir travailler avec nous, ils sont les bienvenus", ont-ils déclaré d’une seule et même voix.

Nouveau parti d’opposition ?

Malgré ces appels du pied, il semblerait que les dissidents aient décidé de créer leur propre parti. Vont-ils se ranger derrière le chef de file de l’opposition ? Roch Marc Christian Kaboré devait tenir une conférence de presse mardi matin afin de répondre à cette question. Mais dans le cas où ils décideraient de faire cavaliers seuls, il n’est pas dit qu’ils puissent mobiliser massivement, surtout du côté de la société civile qui garde encore de nombreux griefs à l’égard du trio dissident depuis l’époque où ils étaient aux affaires.

Côté CDP, on a encore du mal à réaliser l’ampleur du désastre. Mardi, le secrétariat exécutif national (SEN) du parti s’est fendu d’un communiqué tardif. "Quand on sait les très hautes fonctions occupées par les trois premiers des démissionnaires, l’on ne peut qu’arriver à la triste réalité de l’ingratitude envers celui là qui les a construits avec patience et générosité. (…) S’ils en sont arrivés à trahir ainsi leur protecteur, SEM Blaise Compaoré, ce n’est pas son parti qu’ils ne trahiront pas. (…) Ils en sont arrivés à utiliser tous les moyens pour liquider le CDP, qu’ils n’arrivent plus à contrôler, pour assouvir leurs ambitions personnelles", assure le document.

Mais si les dirigeants du CDP accusent le coup en fulminant, à l’Assemblée, c’est une véritable implosion que l’on craint. Même si peu de députés du groupe parlementaire CDP seraient pour l’instant déterminés à abandonner leur mandat pour rejoindre l’opposition, leurs divergences avec la ligne officielle du parti – notamment sur l’installation du Sénat et la révision de l’article 37 limitant à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs – font craindre une vraie cacophonie dans l’hémicycle.

Dans l’attente de la réaction politique du CDP

Malgré ce coup dur, les observateurs politiques s’attendent à une réaction imminente du CDP sur le terrain politique. Certains d’entre eux parlent d’une possible alliance entre le parti au pouvoir et l’Alliance pour la démocratie et la fédération-Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA), qui aurait pour conséquence la nomination du président de cette dernière, Gilbert Noël Ouedraogo au poste de Premier ministre.

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