Centrafrique : quel avenir pour les ex-rebelles de la Séléka ?

Membre présumé de l'ex-Séléka arrêté par des soldats français, le 9 décembre 2013 à Bangui. © AFP

Humiliée et affaiblie depuis le début de l'intervention française en Centrafrique, la Séléka a dû s'accommoder du départ de son chef, l'ancien président de la transition, Michel Djotodia. Regroupée dans quelques sites stratégiques, l'ex-rébellion a tout de même conservé une partie de sa capacité de nuisance.

Mis à jour à 18h

À Bangui, depuis la démission forcée et le départ au Bénin de l’ancien président de la transition, Michel Djotodia, le rapport de force n’est plus le même. Orphelins de leur chef, le seul capable d’unifier les différentes composantes de la Séléka, les généraux de cette rébellion hétéroclite sont livrés à eux-mêmes et sous forte pression de la communauté internationale.

Regroupés au camp RDOT au PK-11 (Point kilométrique 11), sur la route qui mène à la principale entrée de Bangui (la barrière de PK-12), ses éléments armés n’ont pas beaucoup de nourriture et leurs relations avec les forces françaises et africaines sont très tendues. Le 28 janvier, une dizaine d’entre eux ont d’ailleurs été tués dans des heurts avec des soldats de la force Sangaris. 

Les "généraux" Mahamat Ousmane et Abdoulaye Hissène (leader de la Convention des patriotes pour la justice et la paix, CPJP) font partie des rares chefs militaires encore présents à Bangui. Ex-ministre de la Jeunesse et des sports, Hissène a pour le moment conservé certains apparats du pouvoir comme son 4X4 de fonction.

Une majorité des cadres de l’ex-rébellion ont choisi l’exil, quittant souvent de nuit Bangui.

Djotodia parti au Bénin, une majorité des cadres de l’ex-rébellion ont choisi l’exil, quittant souvent de nuit Bangui. Le 26 janvier, plusieurs dizaines d’entre eux se sont rendus à Doba, dans le sud du Tchad, avec 200 éléments armés. "Un tri est en train de se faire et s’il s’avère qu’il y a des mercenaires tchadiens parmi eux, ils seront déférés à la justice et répondront de leurs actes devant la loi", a assuré le ministre tchadien de la Communication, Hassan Sylla Bakari.

[CARTE] Les principaux points de repli de la Séléka


Afficher Principaux points de passage de la Séléka sur une carte plus grande

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D’autres ont pris le chemin du nord et de l’est du pays. C’est le cas de Damane Zakaria (le beau-frère de Djotodia et son prédécesseur à la tête de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement, UFDR) ou de Mohamed Moussa Dhaffane. Longtemps emprisonné par le régime de Djotodia, ce dernier a été libéré le 6 janvier. Un temps cité parmi les possibles ministrables, Dhaffane aurait quitté Bangui il y a moins d’une semaine. Depuis, il a été signalé à Bambari (400 km à l’est de Bangui) puis à Bria.

C’est également dans cette localité, surnommée la capitale du diamant, que l’ancien chef des services de sécurité de Michel Djotodia et numéro deux de l’ex-Séléka, Nourredine Adam, s’était auparavant replié avec 300 hommes disciplinés et "surarmés", avant de rejoindre Djotodia à Cotonou.

Regroupement à Sibut

Outre Bria, la Séléka s’est regroupée dans plusieurs autres points stratégiques du pays comme Bossembélé, Birao ou Ndélé. Ces derniers jours, près de 400 éléments armés ont quitté la localité de Nola (Sud-Ouest) pour Berberati situé un peu plus au Nord, à une centaine de kilomètres.

Surtout, entre 500 et 1 000 hommes se sont regroupés à Sibut, à 180 km au nord de Bangui, et y ont chassé un cinquantaine de policiers gabonais de la force africaine (Misca). Cette colonne serait commandée par Mamadou Rakis, ancien directeur général adjoint de la police. "Tenir Sibut, c’est tenir les principaux axes du pays et s’assurer une bonne maîtrise du nord et de l’est de la RCA", explique un diplomate européen.

Affaiblie depuis le début de l’intervention française en décembre, la Séléka compte-t-elle mettre à exécution ses menaces de sécession, ce fameux "plan B" que Djotodia, Adam et consort évoquent depuis plusieurs mois ?

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Par Vincent Duhem

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