Mali : l’inquiétante résurgence du Mujao

Des membres du Mujao dans la zone de Gao, le 16 juillet 2012. © AFP

Enlèvement d'une équipe malienne de la Croix-rouge, participation supposée à des attaques sanglantes dans la zone de Gao, tirs de roquettes : depuis une dizaine de jours, le Mujao semble être repassé à l'offensive.

Parler de "retour" du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) au Nord-Mali est sans doute exagéré : ses combattants, malgré les coups de boutoirs des armées françaises et africaines, sont toujours restés tapis dans l’ombre. Ces derniers jours, une série d’évènements – dont les circonstances et les acteurs sont encore flous – indiquent toutefois que certains d’entre eux seraient repassé à l’offensive dans la région de Gao, bastion de l’organisation jihadiste.

Le 6 février, 31 Touaregs, qui sortaient du marché local de Tamkoutat, sont assassinés par un groupe d’hommes armés. Tandis que les autorités maliennes dénoncent un crime commis par le Mujao, la rébellion touarègue du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) pointe aussi le groupe terroriste et affirme qu’elle a affronté certains de ses membres durant les jours suivants, le long de la frontière avec le Niger. Dans la nuit du 10 février, les hommes du Mujao sont à nouveau suspectés d’être au cœur d’affrontements dans la même zone frontalière. Selon l’agence AP, le bilan est lourd : une trentaine de morts, dont treize islamistes radicaux.

Complicités locales

Le lendemain, 11 février, le Mujao fait à nouveau la une des médias. Un de ses responsables, Yoro Abdoulsalam, annonce avoir enlevé une équipe de cinq personnes du Comité international de la Croix rouge (CICR) qui reliait Kidal à Gao en 4×4. Fait nouveau : tous les captifs sont de nationalité malienne. Enfin, le 13 février, le groupe terroriste a revendiqué le tir de deux roquettes sur Gao, qui n’ont pas fait de victimes.

La récente résurgence de ce mouvement jihadiste dissident d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) n’est pas surprenante, selon un spécialiste des questions militaires. "Le Mujao n’a jamais disparu et est toujours resté présent dans la zone de Gao, souligne-t-il. Il a attendu, observé ses adversaires, puis reconstitué ses forces." Composé de combattants issus d’ethnies locales, tels les Peuls ou les Songhaïs, le mouvement est bien implanté dans la région. Plusieurs de ses membres sont d’anciens acteurs importants du tissu économique régional, voire contrôlaient certains trafics juteux de la bande sahélo-saharienne (armes, drogues, cigarettes…). "Les combattants du Mujao sont difficilement détectables, confie une source au ministère français de la Défense. Ils bénéficient de complicités locales qui leur permettent de garder une capacité résiduelle de nuisance".

En manque de financement ?

Capacité résiduelle ? De fait, une bonne partie de l’arsenal du groupe terroriste, disséminé dans des caches aux quatre coins du nord du Mali, a été découvert et détruit par les forces françaises et leurs alliés au fil de l’année 2013. Les jihadistes n’en ont pas moins conservé leurs armes légères et leurs pick-up montés de mitrailleuses lourdes, largement suffisants pour mener des prises d’otages ou attaquer des tribus locales.

L’activité récente du Mujao répondrait à des objectifs bien précis. "L’argent et le recrutement dépendent de leur image, souligne notre analyste militaire. Pour exister, ils ont besoin qu’on parle d’eux et de leurs actions". Cette piste du manque de financement pourrait par ailleurs expliquer la prise d’otages – inédite – de personnel humanitaire malien.

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Benjamin Roger