Martin Luther King : ses enfants se déchirent pour vendre sa bible et son Nobel

Par Jeune Afrique

Martin Luther King, lors de son discours, le 28 août 1963. © AFP

Près de cinquante ans après sa mort, on se bat sur la tombe de Martin Luther King. La famille de l'ancien pasteur pacifiste se déchire autour de la possible vente de deux objets lui ayant appartenu : sa bible et son prix Nobel.

Près de cinquante ans après son assassinat en 1968, Martin Luther King continue de diviser, au sein de sa propre famille. Dans un nouvel épisode d’une longue série de batailles juridiques, ses enfants se déchirent aujourd’hui au sujet de la possible vente de deux objets emblématiques lui ayant appartenu : sa bible et le document du prix Nobel de la Paix qui lui a été attribué en 1964.

Dans l’arène, trois acteurs. Bernice Albertine King, 50 ans, est la plus jeune des trois enfants encore en vie de "MLK". Pasteur à l’instar de son père, elle se présente comme la gardienne de l’héritage du leader des droits civiques. En face, Martin Luther King III dit "Marty", l’aîné, et Dexter Scott King, qui mène une carrière encore hésitante dans le cinéma en Californie. Tous trois disposent en effet, conformément à un accord conclu en 1995, d’un droit de vote au sein de l’"Estate of Martin Luther King Jr. Inc.", qui détient la propriété de tout l’héritage de MLK.

>> Lire le texte intégral en français du discours de Martin Luther King, "I have a dream"

"Ils sont sacrés"

Ce sont les deux frères qui, fin janvier, ont déclenché les hostilités en annonçant à leur sœur cadette qu’ils souhaitaient vendre la bible de leur père, qu’il transportait partout avec lui, et son prix Nobel de la paix. Pour Bernice, qui conserve les deux objets en sécurité dans une banque d’Atlanta, d’où est originaire la famille, cette vente est hors de question. Elle vote non, persiste et les deux aînés finissent par porter plainte. La guerre est déclarée, notamment par presse interposée.

La cadette diffuse notamment une déclaration dans laquelle elle dénonce une vente qui serait "inadmissible, négligente sur le plan historique et entièrement répréhensible sur le plan moral". Quelques jours plus tard, elle convoque les médias dans l’église baptiste Ebenezer d’Atlanta, là-même où son père prononça de nombreux sermons. Le ton empreint de gravité, elle lance, entourée de membres respectés du mouvement des droits civiques : "Ces objets ne devraient jamais être vendus à aucune personne ni à aucune institution, car ils sont sacrés. J’adopte cette position ferme pour mon père car papa n’est plus ici pour dire : ‘Ma Bible et mes médailles ne sont pas à vendre!’"

Combien pour la bible ?

"Les querelles parmi les enfants du Docteur King sont loin d’être une nouveauté", explique l’historien Ralph Luker, co-éditeur de The Papers of Martin Luther King, Jr. "Et les alliances entre les enfants changent régulièrement", précise-t-il. "Après la mort de leur mère, Dexter a été un temps à la tête du King Center, puis Bernice et Marty l’ont poussé à quitter ce poste. Marty est ensuite devenu le chef du King Center, et Bernice et Dexter se sont alliés pour le pousser vers la sortie".

Leur soeur aînée Yolanda, décédée en 2007, servait autrefois de ciment familial, surtout depuis la mort de leur mère Coretta en 2006. Celle-ci était l’héritière directe, ce dernier n’ayant pas laissé de testament. "Yolanda était une force d’unité parmi eux", souligne Ralph Luker. Après sa mort, le ciment n’a pas tardé à manquer. Les trois enfants encore en vie ont ainsi obtenu la vente de documents personnels de Martin Luther King, notamment sa correspondance et ses discours, pour la bagatelle de 32 millions de dollars.

"Il est possible que les deux frères aient dépensé leur part et aient besoin de plus d’argent", suggère l’historien. Pour l’heure, le juge Robert McBurney, en charge de l’affaire, a ordonné à Bernice King de rendre les deux objets pour qu’ils soient entreposés dans un coffre-fort d’une banque dont il gardera la clef dans l’attente de sa décision.

Selon Ralph Luker, la position de Bernice reste "faible" malgré le soutien des leaders du mouvement des droits civiques, car ces derniers "n’ont pas de droit de vote" au sein de l’Estate. Les deux frères ont donc de bonnes chances d’empocher la mise.

En attendant, les paris sont ouverts. Quel prix pourrait atteindre la bible de Martin Luther King, qui est aussi celle sur laquelle Barack Obama a prêté serment lors de sa deuxième cérémonie d’investiture ?

(Avec AFP)
 

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