Cedeao, Cemac, SADC… Quels sont les points forts et les faiblesses des organisations africaines ?

De g à d : Cemac, Cedeao, CEEAC, UMA, UEMAO, SADC. © Montage J.A.

Cedeao, CEEAC, SADC, UMA... Le continent ne manque pas d'organisations régionales. Qui sont-elles ? Qui en fait partie ? Quels sont leurs points forts ? Leurs points faibles ? Plongée au pays des acronymes.

  • UMA (Union du Maghreb arabe)

Créée en février 1989, l’UMA est une communauté économique régionale. Elle vise à organiser un espace économique maghrébin et une politique commune "dans tous les domaines".

Pays membres (5) : Algérie, Libye, Maroc, Tunisie, Mauritanie.

Dernier fait marquant  : un sommet des chefs d’États devait avoir lieu fin 2012 mais a été reporté. Le dernier sommet a été organisé en 1994.

Le (s) plus : difficile d’en trouver, vu l’inactivité de l’organisation.

Le (s) moins : l’UMA est paralysée depuis sa création par le contentieux algéro-marocain autour du Sahara occidental. L’Union du Maghreb arabe en est restée au stade des fondations.

 

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  • Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest)

Créée le 28 mai 1975, la Cedeao est une communauté économique régionale qui a pour objectif initial de favoriser l’intégration économique en Afrique de l’ouest. Depuis la guerre civile au Liberia en 1989, l’organisation joue également un rôle de médiation dans les conflits de la sous-région. La Cedeao possède une force d’interposition africaine, l’Ecomog.

Pays membres (15) : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

Dernier fait marquant  : implication dans la crise malienne (2011-2013).

Le (s) plus : libre circulation des personnes ; union douanière.

Le (s) moins : limitations financières et militaires; fossé entre les décisions prises et les attentes des populations; bataille de leadership entre les poids lourds économiques et politiques de la sous-région.

 

  • UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine)

Créée en 1994, l’UEMOA a succédé à l’Union monétaire africaine (UMOA). Elle s’est donnée pour objectif de promouvoir l’intégration économique de ses États membres par le biais d’un marché ouvert et concurrentiel et la mise en place d’un cadre juridique harmonisé et rationnalisé. Ses membres ont le franc CFA en partage. Sa banque centrale la BCEAO (Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest).

Pays membres (8) : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo.

Dernier fait marquant  : arbitrage du litige sur l’attribution du port d’Abidjan

Le (s) plus : libéralisation du commerce intérieur (zone de libre-échange et une union douanière). Création de la Bourse régionale des valeurs immobilières (BRVM).

Le (s) moins : difficultés pour mettre en œuvre des décisions prises par les chefs d’État lors des sommets / Fossé entre les décisions prises et les attentes des populations / Libre circulation des personnes.

 

  • Cen-Sad (Communauté des États sahélo-sahariens)

Créée le 4 février 1988, la Cen-Sad a pour but d’améliorer la coopération économique des pays de la région sahélienne.

Pays membres (28) : Bénin, Burkina Faso, République centrafricaine, Comores, Tchad, Côte d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Érythrée, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Libye, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Togo, Tunisie.

Dernier fait marquant : sommet extraordinaire de février 2013 à N’Djamena. Le premier de l’ère post-Kadhafi, le fondateur et parrain de l’organisation.

Le (s) plus : la Cen-Sad permettait à Kadhafi de mettre ses voisins sous coupe réglée et de réguler les mouvements rebelles de la région. Aujourd’hui, l’organisation se cherche un nouvel objectif, pas encore clairement défini.

Le (s) moins : commerce est quasi inexistant entre ses pays membres. Peu d’activité entre 2011 et 2013 (anesthésiée par la crise libyenne, puis paralysée par la mort de Mouammar Kadhafi). L’organisation fait doublon avec la Comesa. Quatre pays siègent à la fois au Comesa et à la Cen-Sad : Égypte, Soudan, Érythrée et Djibouti. Et la Libye a obtenu, en 2002, le statut d’observateur au… Comesa.

 

  • Comesa (Marché commun de l’Afrique australe et orientale)

Crée en décembre 1994, le Comesa est une zone de libre-échange.

Pays membres (20) : Égypte, Soudan, Djibouti, Comores. Angola, Burundi, République démocratique du Congo, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Malawi, Maurice, Namibie, Rwanda, Seychelles, Swaziland, Ouganda, Zambie, Zimbabwe.

Dernier fait marquant : création en 2009 d’une union douanière, projet longtemps envisagé et retardé, qui devrait permettre une harmonisation des droits de douane sur les produits entrants dans le bloc économique et de ceux circulants entre ses 19 membres.

Le (s) plus : libéralisation du commerce intérieur (zone de libre-échange et union douanière).

Le (s) moins : l’organisation fait doublon avec la Cen-Sad (voir plus haut).

 

  • Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement)

Créée en 1986, initialement sous le nom de Igadd (Autorité Intergouvernementale sur la sécheresse et le développement), l’Igad est une communauté économique régionale. Elle a pour mission la mise en oeuvre de la coopération régionale et l’intégration économique de ses États membres. Ses objectifs se sont étendus au maintien de la paix.

Pays membres (7) : Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan, Ouganda.

Compétences : intégration financière et monétaire ; paix, sécurité, stabilité et gouvernance.

Dernier fait marquant  : médiation dans la crise au Soudan du Sud (2014).

Les plus : capacité de médiation, gestion des crises.

Les moins :

 

  • CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale)

Créée en octobre 1983, la CEEAC est une communauté économique régionale visant à la libéralisation des échanges et la libre-circulation des personnes. Ses objectifs se sont étendus au maintien de la paix et à l’appui au processus électoral.

Pays membres (10) : Angola, Burundi, Cameroun, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad, São Tomé e Príncipe.

Dernier fait marquant : gestion de la de la crise centrafricaine (2013).

Le (s) plus : maintien de la paix.

Le (s) moins : fossé entre les décisions prises et les attentes des populations; intégration physique, économique et monétaire.

 

  • Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale)

Créée le 16 mars 1994 et institutionnalisé par un traité en juillet 1996, la Cemac a officiellement succédé en 1998 à l’Udeac (Union douanière et économique d’Afrique centrale). Elle institue une union monétaire entre les pays membres (par ailleurs tous membres de la CEEAC), qui ont tous le franc CFA en partage. La Beac (Banque des États d’Afrique centrale) en est la banque centrale.

Pays membres (6) : Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad.

Dernier fait marquant  : refus en novembre 2013 de la Guinée équatoriale d’appliquer l’accord portant sur la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace communautaire.

Le (s) plus : instruments juridiques en place.

Le (s) moins : intégration régionale, libre circulation des personnes. Fossé entre les décisions prises et les attentes des populations. Mauvaise gouvernance.
 

  • EAC (Communauté de l’Afrique de l’Est)

Créée en 2001, l’EAC est une communauté économique régionale. Ses compétences vont de l’intégration financière et monétaire au maintien de la paix en passant par le respect la bonne gouvernance.

Pays membres (5) : Burundi, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda.

Dernier fait marquant  : création d’une union monétaire le 30 novembre 2013.

Le(s) plus : efficacité de l’intégration régionale.

Le(s) moins : tensions internes. La Tanzanie et le Burundi ont notamment ouvertement reproché aux trois autres pays de faire cavaliers seuls, en adoptant, sans eux, toute une série de projets d’infrastructures, notamment ferroviaires et pétroliers.

 

  • SADC (Communauté pour le développement de l’Afrique australe)

Créée le 17 août 1992, la SADC a un champ de compétences assez large. De l’intégration financière et monétaire au maintien de la paix.

Pays membres (15) : Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe, Namibie, Afrique du Sud, Maurice, République démocratique du Congo, Madascar, Seychelles.

Dernier fait marquant  : gestion de la crise malgache.

Le(s) plus : poids régional diplomatique important (surtout depuis la chute de l’apartheid).

Le(s) moins : la domination sans partage de l’Afrique du Sud sur l’organisation.

  • COI (Communauté de l’océan indien)

Organisation d’intégration régionale crée en 1982 ayant pour but de renforcer la coopération et l’intégration entre les îles de l’océan Indien.

Pays membres (5): Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles, La Réunion.

Le (s) plus : proximité géographique de ses États membres ; lutte contre la piraterie.

Le (s) moins : faible impact régional.

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Par Vincent Duhem