Côte d’Ivoire : dix ans après, l’enquête patine dans la disparition de Guy-André Kieffer

Affiche de RSF représentant Guy-André Kieffer. © Sipa

L'enquête au sujet de la disparition du journaliste indépendant Guy-André Kieffer en Côte d'Ivoire, le 16 avril 2004, est toujours au point mort. Si les soupçons se sont orientés vers des proches de l'ex-Première dame Simone Gbagbo, la vérité, dix ans après, se fait toujours attendre.

Le 16 avril 2004, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer disparaissait, alors qu’il avait rendez-vous sur le parking d’un supermarché à Marcory, à Abidjan, avec Michel Legré, époux de la sœur cadette de Simone Gbagbo. Depuis, malgré des soupçons persistants pesant sur l’entourage de l’ex-Première dame, l’enquête n’a pas connu de réelles avancées.

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Dans un communiqué, mardi 15 avril, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a appelé à poursuivre la mobilisation "afin que justice soit faite", tout en dénonçant "dix années pendant lesquelles les enquêtes judiciaires amorcées n’ont pas abouti, les témoins et inculpés se sont soudainement dédits, les gouvernements qui se sont succédé en France et en Côte d’Ivoire ont envoyé des signaux mitigés quant à l’avancée de l’enquête".

Un journaliste qui dérange

Arrivé en Côte d’Ivoire au début de l’année 2002, Guy-André Kieffer avait été chargé par le régime Gbagbo d’un audit sur la filière cacao. Or, celui-ci avait mis en évidence des "malversations", par la suite confirmées dans un rapport de l’Union européenne publié fin 2005.

Kieffer avait publié de nombreux articles critiques à l’endroit de l’économie ivoirienne, ce qui lui avait valu d’être la cible des journaux pro-Gbagbo.

Guy-André Kieffer s’intéressait également au financement des ventes d’armes en Côte d’Ivoire, aux groupes rebelles du Liberia, à la Banque Nationale d’Investissement (BNI) ou encore au paiement des salaires des fonctionnaires de Guinée-Bissau par la Côte d’Ivoire. Sous différents pseudonymes, le journaliste avait publié de nombreux articles critiques à l’endroit de l’économie ivoirienne dans la presse locale, ce qui lui avait valu d’être la cible des journaux pro-Gbagbo.

La piste pro-Gbagbo

Selon l’enquête menée en France par le juge Patrick Ramaël, c’est par un "commando proche de la présidence ivoirienne", composé de membres des services de renseignement, qu’il aurait été enlevé, suite à un piège tendu par Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo. Pourtant, si celui-ci a été incarcéré quelques temps à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), il a été rapidement relâché.

Le juge français, qui a effectué plusieurs voyages en Côte d’Ivoire, a également convoqué, sans succès, Simone Gbagbo, afin de recueillir son témoignage. L’audition de l’ancien chef de la garde rapprochée de l’ex Première dame, le commandant Anselme Séka Yapo, dit Séka Séka, après son arrestation fin 2011, n’a pas donné plus de satisfaction. Selon ses proches, Guy-André Kieffer aurait pourtant séjourné deux jours dans une cellule du palais présidentiel.

Dernier événement en date en ce qui ce concerne les investigations : le 6 janvier 2012, un squelette a été découvert à Issia, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, et annoncé comme pouvant être celui du disparu. Mais les tests ADN pratiqués peu après se sont révélés négatifs. Depuis, bien que de nouveaux juges d’instructions soient en charge de l’affaire en France depuis fin 2013, les questions demeurent sans réponse.

RSF organise donc, comme chaque année, une campagne d’affichage à Abidjan jusqu’au 1er mai pour favoriser la relance des investigations. L’organisation cherche à mettre la pression sur Alassane Ouattara pour s’assurer qu’il respecte sa promesse, faite en avril 2012, de "ne protéger personne" dans cette affaire. Dix ans après la disparition de Guy-André Kieffer, ses proches, qui organisent une marche en son honneur à Paris, ce mercredi, continuent d’attendre.

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Par Mathieu OLIVIER

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