RDC : blessé par balles, le directeur du parc des Virunga en soins intensifs

Écrit par Mathieu Olivier

Emmanuel de Mérode, directeur du parc des Virunga. © Unesco

Le Belge Emmanuel de Mérode, directeur du parc national des Virunga (est de la RDC), était en soins intensifs mercredi après avoir été grièvement blessé au cours d'une attaque, la veille. Touché par deux balles, à l'abdomen et au thorax, il pourrait avoir été agressé en raison de sa lutte contre l'exploitation du pétrole au sein du parc.

Voilà qui ne va pas apaiser la situation autour du parc des Virunga, dans l’est de la RDC. Mardi 15 avril dans l’après-midi, celui qui en est le directeur depuis 2008, le Belge Emmanuel de Mérode, 43 ans et connu comme un défenseur exemplaire de la nature, a été attaqué par des hommes armés non identifiés, dans une forêt à une trentaine de kilomètres au nord de Goma.

Ayant reçu une balle dans l’abdomen ainsi qu’une autre au thorax, il a été opéré et se trouve toujours en soins intensifs. "Selon notre spécialiste en chirurgie, jusque-là, l’espoir est permis", a déclaré Ferdinand Mugisho, chargé de communication de l’hôpital Heal Africa de Goma. D’après une source à l’ambassade de Belgique à Kinshasa, Emmanuel de Mérode devrait être rapatrié dans son pays dans les prochains jours.

"Je lui ai rendu visite ce matin", a quant à lui indiqué le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku. "Il est lucide, il parle", a-t-il expliqué, précisant qu’au moment des faits, il était seul au volant de sa jeep, sans escorte. "Les assaillants n’ont rien pris (…), ils ont tiré et fui dans la forêt", a expliqué le porte-parole militaire provincial, le lieutenant-colonel Olivier Amuli, précisant qu’un officier des forces armées l’avait ramené à Goma. "Une enquête est en cours", a-t-il ajouté.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a invité dans la foulée les autorités congolaises à mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires pour faire la lumière sur cette attaque, assurant que la Belgique suivrait de près la progression de l’enquête.

Une histoire de pétrole ?

C’est la première fois qu’Emmanuel de Mérode est attaqué directement. "Nous ne savons pas encore le mobile de cette agression", exlique Norbert Mushenzi, directeur adjoint du parc des Virunga. L’enquête pourrait cependant s’orienter vers le milieu de l’industrie pétrolière.

"Il venait de déposer un dossier compromettant auprès du procureur de la République à Goma", a ainsi affirmé le député belge François-Xavier de Donnea au quotidien La Libre Belgique, faisant allusion à plusieurs mois, voire des années d’enquête au sujet de la société SOCO International. "Il est très curieux que cette embuscade survienne justement au moment où Emmanuel de Mérode dépose ce dossier, c’est une coïncidence extrêmement troublante", a-t-il ajouté.

>> Lire aussi : "Si SOCO saccage…"

SOCO International est une société britannique qui souhaite, avec l’appui du gouvernement congolais, entamer des explorations pétrolières dans l’enceinte du parc des Virunga, l’un des plus vieux parcs nationaux d’Afrique. S’étendant sur près de 800 000 hectares et abritant des gorilles de montagnes et quelques gorilles des plaines, il a été placé au patrimoine mondial de l’Unesco en 1979.

Plus que la déforestation ou le braconnage, ce sont les dommages que causerait une éventuelle exploitation pétrolière qui inquiètent les défenseurs de la nature, notamment le Fonds mondial pour la nature (WWF). Son directeur exécutif, Lasse Gustavsson, a ainsi salué le travail d’Emmanuel de Mérode, "mettant sa vie en jeu chaque jour pour protéger le parc national des Virunga, ses gardes et ses espèces en danger". Depuis 1996, date de la première guerre du Congo, plus de 140 gardes ont été tués par des rebelles locaux ou étrangers, selon la direction du parc.

>> Lire aussi : "L’exploitation des animaux, nouvelle manne pour les rébellions africaines"

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Par Mathieu OLIVIER

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