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L’université de Fès secouée par le meurtre d’un étudiant

Abdelilah Benkirane (à g.) lors des obsèques d'Abderrahim el-Hasnaoui, le 26 avril. © Capture vidéo/YouTube

Un climat lourd règne sur l’université Dhar El Mehraz, à Fès, après l’assassinat, le 24 avril, d’un étudiant membre d’Attajdid Attolabi (le "Renouveau estudiantin"), organisation affiliée au Parti de la justice et du développement (PJD), au pouvoir.

Abderrahim el-Hasnaoui, 21 ans, a été poignardé lors d’un assaut à l’arme blanche mené par des étudiants appartenant à des groupuscules de la gauche radicale. Son corps a été inhumé samedi 26 avril à Errachidia, sa ville natale. Le chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, également secrétaire général du PJD, a fait le déplacement, ainsi que d’autres ministre de ce parti, face à la vague d’émotion que le meurtre a déclenché au sein de la faculté mais aussi dans le pays.

L’université de Dhar El Mehraz de Fès est connue au Maroc par  les accrochages fréquents entre islamistes et bassistes (gauchistes) au même titre que celle d’Agadir où vient s’ajouter la tension entre courants amazighs et sahraouis fréquemment en conflit avec le courant Attajdid Attolabi. Ce dernier règne en maître dans la plupart des université marocaines où il a réussi en 20 ans à neutraliser presque complètement ses rivaux de gauche grâce à son activisme culturel et social.

En écho à l’assassinat de Benaissa Aït el Jid, 20 ans plus tôt

Mais la violence du "jeudi noir" de Fès est venu rappeler les tristes événements de 1993 dans cette même université, où des heurts entre islamistes et gauchistes ont abouti à l’assassinat d’un étudiant d’extrême gauche, Benaissa Aït el Jid, tué le 25 février, dans des circonstances encore non-élucidées.

"Les étudiants d’extrême gauche estiment que justice n’a pas été faite et que les personnes condamnées dans cette affaire n’ont pas écopé de la peine exemplaire", explique le politologue Mohamed Darif.  Le principal accusé, Abdelali Hamieddine, à l’époque membre influent de l’organisation Justice et Bienfaisance du Cheikh Yassine, a certes écopé de deux ans de prison. Une peine jugée insuffisante par les bassistes qui demandent depuis la réouverture du dossier.

C’est une conférence que devait donner le même Abdelali Hamieddine qui a mis le feu aux poudres jeudi dernier à Fès. À l’invitation de ses frères d’Attajdid, il devait venir s’exprimer au sein de l’université sur le thème «démocratie, gauche et islamistes ». Les bassistes ont vécu sa présence comme une insulte et se sont mobilisés pour l’empêcher de s’exprimer. La direction de l’université a annulé la conférence in extremis, mais les bassistes, très remontés, ont continué leurs actes de violence, traquant à l’arme blanche tous les membres d’Attajdid Attolabi, faisant un mort et plusieurs blessés.

Quatre étudiants soupçonnés d’implication dans ces violences ont été arrêtés et devraient être présentés devant la justice.