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L’équilibre militaire bouleversé depuis l’arrestation de Laurent Nkunda

Par AFP

Localisation de la ville rwandaise de Gisenyi ©

Renversement d'alliances, entrée de milliers de soldats rwandais, arrestation du chef rebelle Nkunda, traque des rebelles hutus rwandais: en quelques jours, la donne militaire s'est retrouvée bouleversée dans l'est de la République démocratique du Congo.

Les "nungus nungus" (rumeurs en lingala) au matin du 20 janvier – date de l’entrée des troupes rwandaises sur le territoire de la RD Congo – se propagent rapidement dans Kinshasa, relayés par toutes les formes de supports médiatiques de la turbulente mégapole : radios, télévisions, taxis, buvettes, échoppes, marchés. . . .

Les Rwandais "envahissent" de nouveau l’est pour les Kinois, mais, cette fois, avec la bénédiction du président congolais Joseph Kabila. Il a pris un "risque politique énorme", estime un diplomate dans la capitale.

Des sources militaires signalent rapidement l’entrée à l’aube dans le Nord-Kivu de centaines, puis de milliers de soldats envoyés par le président Paul Kagame, un ennemi pour les Congolais en raison de son fort soutien aux rebellions successives qui, depuis 1996, font trembler le pouvoir, quand elles ne le renversent pas comme en 1997 avec la chute du Maréchal Mobutu.

Comme les autres ministres congolais, le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication Lambert Mende, reconnaît l’entrée "d’"éléments de renseignements rwandais" pour une opération avec l’armée congolaise (FARDC) destinée à traquer les rebelles hutus rwandais en RDC depuis le génocide au Rwanda de 1994.

Pourtant, des prémices d’un rapprochement entre Kinshasa et Kigali se dessinaient depuis plusieurs semaines "avec des allées et venues" d’émissaires, selon une source onusienne.

"L’opération a été montée par les services de renseignements des deux pays, qui se sont réunis en Afrique du Sud et en Ethiopie", affirme à l’AFP une source proche de la présidence congolaise.

Sur le terrain, Rwandais et Congolais pénètrent rapidement dans les régions du Rutshuru et du Masisi, dans le Nord-Kivu. Avec une opacité totale, au début, sur les opérations, l’accès au nord de Goma étant bloqué à la Mission des Nations unies en RDC (Monuc), aux humanitaires, à la presse.

Rapidement, leur premier objectif dans le Rutshuru se révèle être le fief du chef tutsi congolais du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, ennemi juré de Kabila.

Leur avancée rapide, à pied, est grandement facilitée par la défection le 16 janvier de la plupart des commandants du CNDP, ralliés aux FARDC à Goma, sous l’oeil du chef d’Etat-Major de l’armée rwandaise, James Kabarebe.

Le soir du 22 janvier, Nkunda est arrêté au Rwanda.

Deux versions s’opposent: l’Etat-Major de l’opération conjointe affirme que Nkunda "était en cavale au Rwanda" lors de son arrestation. La branche du CNDP, restée fidèle à Nkunda, assure à l’AFP qu’il a été piégé par les Rwandais, qui l’avaient invité à venir à Gisenyi, ville rwandaise frontalière de Goma. "Les Rwandais nous ont trompé".

Depuis, Rwandais et Congolais progressent dans les collines du Kivu pour en chasser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Et la "vox populi" congolaise ne cesse de réclamer l’extradition de Nkunda, accusé de crimes, pour qu’il soit jugé. La "nouvelle entente" entre Kinshasa et Kigali pourrait connaître sur cette question sa première grosse épreuve.

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