Verdict attendu de l’affaire Angolagate

Par AFP

Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak figurent parmi les accusés ©

La justice française doit se prononcer mardi sur l'Angolagate, une vaste affaire de commerce d'armes vers l'Angola remontant au milieu des années 1990, et dont le jugement risque de peser sur les relations entre Paris et Luanda.

Clos en mars 2009, le procès s’était déroulé dans une "ambiance de plomb", de l’avis même du procureur, Romain Victor.

42 personnes étaient accusées d’avoir, soit participé à l’organisation d’un "trafic" de 790 millions de dollars, soit bénéficié de "pots-de-vin" distribués par les deux associés ayant mis ce commerce sur pied, les hommes d’affaires français Pierre Falcone et israélien Arcadi Gaydamak.

Six ans de prison ont été requis contre les deux hommes. Il y a quatre mois, la cour d’appel de Paris a déjà condamné Pierre Falcone à un an de prison ferme dans une affaire de détournements de fonds au détriment de la Sofrem, une société de vente de matériel de sécurité à l’étranger.

Parmi les prévenus de l’Angolagate, des personnalités comme l’ancien ministre Charles Pasqua, l’écrivain Paul-Loup Sulitzer, l’ex-préfet Jean-Charles Marchiani ou Jean-Christophe Mitterrand, fils du président défunt, auraient bénéficié des largesses des deux associés. Tous ont plaidé l’innocence, mais l’accusation a demandé la relaxe du seul Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand.

Aucun responsable angolais devant la justice

Une trentaine de responsables angolais auraient également été arrosés, selon les enquêteurs, mais aucun n’a été renvoyé devant la justice.

Dès l’ouverture du procès en octobre 2008, la République angolaise avait demandé le retrait des pièces incriminantes, au nom du "respect du secret défense d’un pays étranger". Si ses droits étaient "violés", l’Angola pourrait porter l’affaire en justice, avait menacé l’avocat de Luanda, Me Francis Teitgen.

Une lettre envoyée en juillet 2008 par le ministre français de la Défense, Hervé Morin, à la défense de Pierre Falcone, avait par ailleurs été interprétée dans les milieux judiciaires comme une pression du gouvernement français, alors que Paris tentait d’effacer des années de brouille entre la France et ce pays riche en pétrole.

Le ministre affirmait dans ce courrier que ces ventes d’armes de guerre, provenant de l’ancien bloc communiste, n’avaient pas besoin d’autorisation de l’Etat puisqu’elles ne transitaient pas par la France.

En pleine guerre civile, le président angolais José Eduardo Dos Santos cherchait en 1993 à se procurer des armes pour lutter contre les rebelles de l’Unita, mais la France avait refusé. Des contacts officieux l’avaient amené à Pierre Falcone, lequel s’était associé à l’Israélien d’origine russe Arcadi Gaydamak qui, lui, avait des contacts dans l’ancien bloc soviétique.

Arsenal

420 chars, 150. 000 obus, 12 hélicoptères, six navires de guerre recensés par les enquêteurs : les deux associés ne contestent pas avoir livré du matériel militaire, mais ils nient avoir livré 170. 000 mines antipersonnel.

Lettre d’Hervé Morin à l’appui, ils affirment que Paris n’avait pas à donner son feu vert, puisque cet arsenal ne passait pas par la France et que la société courtière, ZTS Osos, était basée en Slovaquie.

Mais pour l’accusation, cette entreprise slovaque ne faisait que cacher la société parisienne de Pierre Falcone, Brenco.

La défense a martelé pendant le procès que "l’Etat savait", le procureur ayant estimé pour sa part que les autorités avaient choisi le "laisser-faire".

Rien de vraiment neuf n’a émergé des cinq mois d’audience. Arcadi Gaydamak, réfugié en Israël puis à Moscou, n’est pas apparu au procès, tandis que Pierre Falcone s’est retranché derrière le secret-défense de ses "mandants" angolais.