Présidentielle au Togo : campagne offensive de Kofi Yamgnane

Par AFP

Le premier maire noir de France veut désormais se consacrer à son Togo natal ©

Kofi Yamgnane, premier maire noir de France, veut désormais se consacrer à son Togo natal, en se présentant à la présidentielle de 2010. Mais avant cela, il exhorte l'Europe à garantir un scrutin transparent, et Paris à ne "plus" soutenir le "dictateur" Faure Gnassingbé.

"La France n’est pas à un démocrate près. Le Togo, si". C’est ainsi que Kofi Yamgnane, 64 ans, explique son choix de mettre un point final à sa carrière politique dans son pays d’adoption, où il avait débarqué, seul, à 19 ans pour faire ses études.

Ce socialiste fut le symbole de l’intégration réussie en devenant, en 1989, maire de Saint-Coulitz, localité de 400 habitants en Bretagne (ouest). Il avait alors fait sourire la France en se présentant comme un "Breton d’après la marée noire".

Cet ingénieur des Mines avait ensuite été nommé secrétaire d’Etat à l’Intégration sous le second mandat de François Mitterrand.

Mais "l’état dans lequel se trouve le peuple togolais m’est devenu insupportable", explique-t-il à l’AFP. Et jusqu’à très récemment, il était même prêt à renoncer à sa nationalité française pour se présenter à la présidentielle du 28 février.

"C’est terrible à dire, mais tout est prioritaire"

Une disposition récente au Togo lui a évité ce "crève-coeur", raconte-t-il.

Il s’est en revanche installé à Lomé il y a un an. Condition pour pouvoir se présenter à l’élection, qu’il ne remplissait pas lors de la dernière présidentielle en 2005.

Situation sanitaire déplorable, pauvreté, système éducatif indigent. . . Kofi Yamgnane égraine les "urgences". "C’est terrible à dire, mais tout est prioritaire", constate ce fils de paysan, originaire de Bassar (nord).

"Et comment vivre ensemble?", poursuit-il. "Après 43 ans de RPT (Rassemblement du peuple togolais)", parti de l’ex-président Gnassingbé Eyadéma, décédé en 2005 et auquel a succédé son fils Faure Gnassingbé, "pas une famille togolaise qui n’a été touchée par une violence quelconque", accuse-t-il.

Kofi Yamgnane a été persona non grata durant près de 10 ans au Togo après avoir écrit un article au vitriol sur Eyadéma.

Alors depuis des mois, il fait campagne aux quatre coins du pays. "Je suis très connu. Ce n’est pas de la popularité, mais de la notoriété", reconnaît M. Yamgnane, qui a participé au dialogue inter-togolais dans les années 90.

Il sait aussi que certains lui reprochent d’être une pièce rapportée.

Mais pour lui, le principal obstacle est la "transparence" du prochain scrutin. Aussi, à l’occasion d’une tournée en France, il exhorte l’Europe à intervenir. Pour qu’elle fournisse des urnes transparentes avec deux clés, l’une pour l’opposition, et l’une pour la majorité, "beaucoup d’observateurs", et exige des listes électorales à jour.

"Je voudrais que l’Europe, qui est toujours prête à pleurer parce qu’il y a des petits négrillons qui sont morts (lors d’émeutes post-électorales comme après l’élection de 2005, ndlr), comprenne que l’essentiel est avant", lance-t-il.

Il interpelle aussi Paris qu’il accuse d’avoir soutenu en 2005 Faure Gnassingbé, pas encore officiellement candidat pour 2010. "Evidemment, je le pense. Et je le dis. Et aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’elle ne l’ait pas encore choisi. Hypocritement, la France dira qu’elle n’a pas de candidat. . . ".

"Quels sont les intérêt de la France si forts et si occultes pour que seuls les dictateurs et les voleurs puissent les protéger?", s’emporte-t-il, accusant Paris ne pas avoir fait "le deuil de ses colonies".

D’ailleurs au Togo, dans chaque réunion électorale, assure-t-il, "on me demande si je suis passé par l’officine à l’Elysée par laquelle on doit nécessairement passer quand on veut devenir président!".

En rentrant au pays fin novembre, Kofi Yamgnane lancera une série de meetings. Et s’il n’est pas élu, il assure qu’il restera au Togo. Peut-être pour y créer son parti, dit-il, "pour continuer la lutte".

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