Polémique sur la polygamie après la naissance du 20e enfant de Zuma

Par AFP

Le président sud-africain Jacob Zuma à Davos lors du Forum économique mondial le 28 janvier 2010 © AFP

La naissance du vingtième enfant du président sud-africain Jacob Zuma, issu d'une liaison adultère, a provoqué une polémique sur la place de la polygamie en Afrique du sud, pays qui compte le plus grand nombre de séropositifs au monde.

La naissance hors mariage du vingtième enfant du président sud-africain Jacob Zuma a lancé cette semaine une polémique sur la place de la polygamie dans un pays fortement touché par le sida.

"Je n’en croyais pas mes oreilles quand je l’ai appris, je suis déçue et blessée. Enfin, il est tout de même le président!", s’exclame Rose Masetla, femme de ménage à Johannesburg.

Jacob Zuma, qui s’est marié en janvier avec sa troisième épouse, a reconnu mercredi avoir eu un enfant avec la fille d’un de ses vieux amis, le président du comité local d’organisation (LOC) du Mondial-2010, Irvin Khoza.

"Durant la journée mondiale contre le sida, j’ai dit que nous devions tous prendre nos responsabilités. Je l’ai fait (. . . ) en reconnaissant ma paternité et ma responsabilité", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"Le problème est maintenant entre nous deux, culturellement, entre les familles Zuma et Khoza", a ajouté le chef de l’Etat, polygame de 67 ans.

Polygamie ne rime pas avec adultère

Selon des experts, la polygamie ne signifie pas pour autant relations adultères dans un pays où les jeunes citadins n’acceptent plus cette coutume.

"Le mariage polygame est comme tout autre mariage, il n’autorise pas les relations extra-maritales. Si un homme veut prendre une autre femme, il doit suivre une certaine procédure", a expliqué à l’AFP Nokuzola Mndende, directrice de l’Institut Icamagu.

"Avoir une relation adultère va au-delà de l’ethnie, de la religion ou de la culture. C’est une faiblesse des hommes", tranche cette experte des cultures africaines.

Chez les jeunes, la polygamie n’est guère populaire, en partie pour des raisons financières, souligne-t-elle. Selon un sondage publié le mois dernier, 74% des personnes interrogées dans les villes sud-africaines estimaient qu’avoir plus d’une femme posait problème.

"Ce serait bon pour le pays s’il était viré. Les touristes doivent être en train de se payer notre tête maintenant. Comment l’Amérique peut-elle le prendre au sérieux et lui donner de l’argent si c’est un homme à femmes ? Personne ne va avoir confiance en lui", s’emporte Thato Radebe.

A quatre mois de la Coupe du monde de football, du 11 juin au 11 juillet, Jacob Zuma "nous embarrasse", assure ce jeune chômeur de 20 ans.

Une "attitude irresponsable"

Les partis d’opposition s’en sont violemment pris au président et l’ont accusé d’avoir une "attitude complètement irresponsable" dans un pays qui compte le plus grand nombre de séropositifs dans le monde.

"Le public sud-africain doit se faire entendre et dire au président Zuma qu’il commence à se comporter comme un président et non un gigolo", selon le responsable du Congrès pour le peuple (Cope), Terror Lekota.

D’autant plus que l’attitude de Jacob Zuma a longtemps été controversée après avoir déclaré en 2006 qu’il s’était débarassé du virus en prenant une douche après un rapport non protégé avec une jeune séropositive.

Aujourd’hui, il prône le recours aux préservatifs et appelle au dépistage. "Il est malveillant de dire que j’ai changé ou que je sape les efforts du gouvernement pour la campagne contre le VIH/sida", a répondu mercredi M. Zuma face aux attaques de la presse et de l’opposition sur sa liaison.

"Nous allons plutôt intensifier nos efforts pour promouvoir la prévention, le traitement et la recherche", a-t-il réaffirmé.