Abdoulaye Wade se veut un médiateur international qui compte

Par AFP

Abdoulaye Wade, le 29 janvier 2010 à Davos. © AFP

Le président sénégalais Abdoulaye Wade, qui assure avoir joué un rôle dans la libération par l'Iran de la Française Clotilde Reiss, a multiplié les médiations internationales, avec l'ambition de se forger une stature de "sage" de l'Afrique. Ses détracteurs critiquent un activisme brouillon, des interventions très médiatisées mais rarement efficaces et des relations étroites avec des pays mis au ban de la communauté internationale, comme l'Iran.

Ces dernières années, le président Abdoulaye Wade, 84 ans, au pouvoir depuis 2000, est intervenu dans le conflit du Darfour (Soudan), dans la crise malgache, a tenté de rapprocher les régimes de Khartoum et N’Djamena, et de rompre l’isolement du Zimbabwe de Robert Mugabe.

Sa plus belle réussite, à ce jour, est d’avoir convaincu l’opposition mauritanienne de participer à l’élection présidentielle de juillet 2009, remportée haut la main par le général Mohamed Ould Abdel Aziz au terme d’un scrutin vivement dénoncé par ses opposants, qui ont ensuite crié à la fraude.

Par contre, en Côte d’Ivoire comme en Guinée, le chef de l’État sénégalais s’est fait « doubler » par son homologue burkinabè, Blaise Compaoré, « grand médiateur en chef » de l’Afrique de l’Ouest francophone.

Président en exercice de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), M. Wade avait même entamé en 2008 une médiation entre Israéliens et Palestiniens, et affirmé avoir joué un rôle dans la libération d’Ingrid Betancourt, détenue plus de six ans en Colombie et libérée en 2008.

Si le rôle revendiqué par le Sénégal dans la libération de Clotide Reiss était confirmé, tant à Paris qu’à Téhéran, il s’agirait du plus grand succès diplomatique du président Wade sur la scène internationale.

Les atouts de Dakar

Ancienne colonie française indépendante depuis 1960, le Sénégal s’est grandement rapproché ces dernières années de l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad, tant sur plan politique qu’économique, tout en assurant Washington de sa fidélité, un « grand écart » diplomatique critiqué par ses détracteurs.

Dakar met tour à tour en avant sa position de pays du « Sud », à 95 % musulman, africain, et celle de démocratie stable ayant ses entrées à l’Élysée (présidence française), soutenue par les États-Unis et l’Union européenne.

Dans un communiqué officiel, samedi soir, le président Wade revendique un rôle essentiel dans la libération de Clotilde Reiss, citant plusieurs entrevues datées entre officiels sénégalais et le secrétaire général de la présidence française, Claude Guéant.

Ainsi, le 26 mars, « la médiation du président Wade est à nouveau sollicitée et feu vert est donné au Sénégal pour relancer les contacts avec l’Iran » à la suite d’une rencontre à l’Élysée entre M. Guéant et Karim Wade, ministre des Transports et fils du chef de l’État sénégalais, selon le texte.

Le communiqué ajoute ensuite que « du 29 mars au 1er avril 2010, le ministre Karim Wade est dépêché à Téhéran en compagnie de l’avocat Robert Bourgi », issu d’une famille d’origine libanaise installée à Dakar.

Décoré de la Légion d’honneur en 2007 par le président Nicolas Sarkozy, M. Bourgi s’est longtemps présenté comme l’émissaire officieux du chef de l’État français auprès de ses « amis » chefs d’État africains et est considéré par de nombreux observateurs comme un des « piliers » de la Françafrique.

Quant à Karim Wade, 41 ans, très discret sur la scène politique intérieure sénégalaise, il fait preuve d’un grand activisme à l’international pour attirer de nouveaux investisseurs, arabes et chinois notamment. Ses opposants l’accusent de vouloir succéder à son père à la présidence de la République.

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