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Une nouvelle variété de manioc part à l’assaut de la faim en Afrique

Par AFP

Une nouvelle variété de manioc permet de produire beaucoup plus, beaucoup plus vite. © AFP

C'est une petite révolution silencieuse qui est en train de s'opérer dans le domaine de l'agriculture. Une nouvelle variété de manioc permet des rendements plus élevés de 30 %. Et devrait contribuer à la lutte contre les crises alimentaires sur le continent.

Endimanchés, coiffe traditionnelle Yoruba sur la tête, une centaine d’agriculteurs du sud du Nigeria écoutent attentivement l’exposé d’un professeur d’agronomie lors d’une cérémonie ponctuée par les intermèdes d’un petit orchestre.

A l’extérieur de l’école où ils sont réunis, un monticule de sachets transparents contenant des tiges coupées attendent de leur être distribués. Ce sont des boutures de "nouveau manioc", des variétés améliorées dont le professeur Richardson Okechukwu, de l’Institut international pour l’agriculture tropicale (IITA) à Ibadan (sud-ouest du Nigeria) est venu leur exposer les vertus : rendement accru d’au moins 30% et résistance aux maladies.

Face aux pénuries alimentaires, comme celle qui frappe actuellement le Niger, et à une demande largement en hausse, ce sont des propriétés très prometteuses. Le manioc est un aliment essentiel pour des centaines de millions d’Africains qui préparent, avec ses tubercules, des plats traditionnels tels que le "foufou" ou le "gari". Il nourrit aussi le bétail.

Pousses de manioc cultivées en laboratoire (crédit : AFP).

Variété non génétiquement modifiée

Mais l’arbuste est également de plus en plus convoité bien au-delà du continent africain par une industrie en plein essor qui l’utilise dans la production d’éthanol, de glucose, d’amidon ou de farine. En réponse à la crise alimentaire mondiale de 2008, avec une flambée des prix des denrées de base provoquant des "émeutes de la faim" à travers le monde, l’IITA a inauguré en 2009 un projet de recherche visant à développer des variétés améliorées, non génétiquement modifiées, et qui sont actuellement distribuées à des cultivateurs dans sept pays d’Afrique.

Outre le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, la Tanzanie, le Malawi, le Mozambique et la République démocratique du Congo participent à ce programme financé par les Etats-Unis et qui touche quelque 400. 000 cultivateurs.

Bashir Adeyinka Adesiyan, producteur de manioc dans l’Etat d’Osun (sud-ouest du Nigeria), teste les nouvelles boutures depuis un an et ne cache pas son enthousiasme. "Si vous le récoltez maintenant, vous verrez six à sept tubercules, alors que le manioc que nous plantions avant n’en donnait que deux ou trois", dit-il au milieu de ses quelque cinquante hectares.

Marchés prometteurs

La Thaïlande, qui ne le consomme pas, est le premier exportateur mondial de manioc. Le Nigeria est le premier producteur mondial avec quelque 44,6 millions de tonnes en 2008, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Mais cela ne répond pas pour autant aux besoins du pays le plus peuplé d’Afrique (150 millions d’habitants).

"Nous avons d’importantes usines qui consomment jusqu’à 100 à 400 tonnes par jour. Aucune d’entre elle ne tourne à plus de 50% de sa capacité car elles sont en concurrence avec le manioc pour la consommation humaine", explique M. Okechukwu. De plus, des pays qui ne consommaient pas traditionnellement cette plante, comme le Niger ou le Tchad, explique le professeur, se tournent désormais vers cet aliment qu’ils importent de manière informelle via leurs frontières poreuses avec le Nigeria.

"Avec les changements climatiques et les sécheresses de plus en plus fréquentes, la demande va augmenter", avertit-il. A cela s’ajoute une demande industrielle croissante à travers le monde. "La Chine achèterait volontiers la quasi-totalité de ce que nous produisons" en Afrique, explique Peter Hartmann, directeur général de l’IITA. Mais selon lui, il est encore trop tôt pour penser aux exportations en dehors du continent africain.

"Il faut penser à exporter en Afrique même, car il y a ici largement de quoi occuper et enrichir les producteurs. Mais à long terme, ces autres pays auront toujours des besoins et ce sera alors une véritable opportunité", estime-t-il.

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