Tunisie : inquiétudes sur la transition après les premiers blocages

Par AFP

Le Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi à Rabat, au maroc, le 15 mars 2011. © AFP

La transition tunisienne vers la démocratie engagée depuis la chute de Ben Ali a connu ces derniers jours des ratés préoccupants : la Haute commission chargée de préparer les élections cruciales de juillet a tourné à la foire d'empoigne.

Alors que la Tunisie avait été une pour pousser Zine el-Abidine Ben Ali vers la sortie, les querelles de clocher reprennent désormais le dessus, chacun voulant pousser ses pions.

Jeudi, la Haute commission, la plus importante « instance démocratique » du pays n’a pas pu terminer sa première réunion et a ajourné ses travaux à mardi prochain, certains participants jugeant que sa composition même était « incompatible avec les objectifs de la révolution et les aspirations du peuple tunisien ».

Composition contestée

En clair, pour plusieurs secteurs politiques, cette commission de 70 personnes serait « noyautée » par le pouvoir de transition mis en place après la chute de Ben Ali le 14 janvier.

Composée de représentants de partis politiques, de la société civile, d’experts en droit constitutionnel, la Haute commission est censée produire un nouveau code électoral et un brouillon de Constitution qui sera présentée à l’assemblée constituante sortie des urnes en juillet prochain. Son rôle est donc pivot.

« Le problème c’est qu’aujourd’hui personne ne peut se prévaloir d’une quelconque légitimité, y compris le gouvernement transitoire. L’équipe actuelle de Béji Caïd Essebsi a fait la même erreur que celle de son prédécesseur Mohamed Ghannouchi en n’intégrant pas des forces qui ont compté pendant la révolution », dit à l’AFP l’analyste politique Larbi Chouikha.

Ce qui peut ne sembler qu’une querelle d’experts cache en fait un risque beaucoup plus grand pour la démocratie naissante, sous pression permanente de ceux qui, dans la rue et les campagnes, ont fait tomber la dictature.

Le danger, selon un politologue, c’est « au pire un chaos total, au "mieux" retarder l’échéance du 24 juillet », les premières élections vraiment libres depuis l’indépendance en 1956 et qui donneront naissance à la IIe République tunisienne.

Représenter les régions

Élément moteur dans la chute de Ben Ali, la centrale syndicale UGTT a donné de la voix samedi en exigeant que la Haute commission soit remaniée pour « représenter les régions, les sensibilités politiques et les jeunes sans exclusive et marginalisation ».

« Nous voulons que soient représentées les régions d’où est partie la révolution contre Ben Ali », renchérit Choukri Benaid, porte-parole du Mouvement nationaliste démocratique (gauche) qui vient juste d’être légalisé.

« Il faut élargir la Haute commission aux forces politiques qui ont combattu la dictature et aux vraies personnalités patriotiques indépendantes », dit-il à l’AFP.

La querelle se porte sur le choix du mode de scrutin pour le rendez-vous électoral de juillet : uninominal à deux tours ou de listes à un tour et à la proportionnelle.

Pour certains juristes consultés par l’AFP, le scrutin de listes, en vigueur depuis l’indépendance, « aboutit au monopole total du parti au pouvoir ». Et après 23 ans de domination absolue du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de Ben Ali, ils ne veulent pas en entendre parler.

D’autres jugent en revanche qu’un scrutin uninominal « risque d’exacerber les régionalismes ».

Le Premier ministre Essebsi a lui-même mis en garde jeudi contre les « dérives » et les « tentatives de détourner la révolution ». « Il y a des lignes rouges à ne pas dépasser et pour lesquelles le peuple tunisien s’est battu pour arriver à bâtir un État moderne », a-t-il dit, citant notamment « le régime républicain, l’identité arabo-musulmane et les droits des femmes ».

« Pour une démocratie balbutiante, un minimum de consensus est requis autour de la démarche à adopter pour assurer la transition », juge le quotidien La Presse.

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