Sénégal : après de graves violences, l’opposition veut pousser Wade au départ

Par AFP

Des Sénégalais manifestent le 27 janvier 2012 à Dakar. © Seyllou/AFP

L'opposition entendait samedi pousser le président sénégalais Abdoulaye Wade, 85 ans, au départ malgré la validation de sa candidature à la présidentielle de février par le Conseil constitutionnel, une décision qui a provoqué de graves violences dans plusieurs villes.

L’opposition entendait samedi pousser le président sénégalais Abdoulaye Wade, 85 ans, au départ malgré la validation de sa candidature à la présidentielle de février par le Conseil constitutionnel, une décision qui a provoqué de graves violences dans plusieurs villes.

"Wade brûle le Sénégal", "Nuits d’émeutes dans le pays", "Peur sur le Sénégal", "Wade jubile, le pays brûle": samedi, les titres de la presse nationale résumaient la fureur de citoyens sénégalais, qui, excédés par la validation de la candidature du président sortant, ont basculé dans la violence.

Un policier mort lynché à coups de pierres à Dakar, émeutes dans plusieurs quartiers, bâtiments incendiés, affrontements entre jeunes et policiers dans la capitale et à Thiès, Kaolack, Matam, Tambacounda: dès l’annonce de la validation de la candidature contestée de M. Wade, le Sénégal s’est enflammé. Samedi matin, le calme était revenu à Dakar qui porte encore les stigmates des violences: restes carbonisés de boutiques incendiées, rues encombrées de pierres et pneus brûlés, que les équipes de la municipalité s’affairaient à nettoyer sous la surveillance des forces de l’ordre.

Les déçus du Sopi

La décision du Conseil était attendue avec anxiété et les violences prévisibles de la part de Sénégalais, en particulier les jeunes, amèrement déçus par les douze ans de règne du président Wade: ils restent confrontés au chômage, à la vie chère, aux pénuries, aux coupures d’eau et d’électricité.

Dans la nuit, Abdoul Aziz Diop, un responsable du Mouvement du 23 juin (M23), qui regroupe partis d’opposition et organisations de la société civile à la pointe du combat contre la nouvelle candidature Wade, avait affirmé que le peuple allait "marcher" sur le palais présidentiel. Samedi, interrogé par l’AFP, il n’a pas réitéré cette menace. Il a dit que les leaders du M23 s’étaient réunis "toute la nuit pour étudier la meilleure manière d’organiser la riposte", y compris par d’éventuelles manifestations.

"Si la candidature de Wade est maintenue, il n’y aura pas d’élection", a-t-il affirmé, car "aucun candidat du M23 n’ira à une élection" qui aboutirait "à des résultats préfabriqués dès le premier tour" en faveur du président sortant. M. Diop a affirmé que le pouvoir "a entrepris toute la nuit de persécuter les animateurs du M23", en particulier Alioune Tine, son porte-parole.

Des membres de la Division des investigations criminelles (DIC) se sont rendus à son domicile, d’où il était absent. "Aucun animateur du M23 ne répondra à une convocation d’une police politique", a affirmé M. Diop.

Youssou Ndour dénonce un "coup de force"

Outre celle de M. Wade, le Conseil a validé treize autres candidatures sur dix-sept présentées. Il a rejeté celle de la star internationale de la chanson Youssou Ndour, au motif qu’il n’avait pas présenté un nombre suffisant d’électeurs valables pour soutenir sa candidature. "Je suis candidat, et je reste candidat" a affirmé le chanteur en dénoncant "le coup de force" du Conseil constitutionnel. Les candidats ont désormais jusqu’à samedi soir pour déposer des recours contre les validations et invalidations auprès du Conseil.

Abdoulaye Wilane, un des responsables du PS, a déclaré que ce parti et ceux qui le soutiennent allaient "faire des recours." Il y a une bataille juridique et une bataille politique" pour que M. Wade parte, a-t-il dit, ajoutant: "Le combat continue jusqu’au bout".

Le porte-parole de la présidence, Sérigne Mbacké Ndiaye, a également évoqué sur une radio locale de possibles recours de son camp contre certaines candidatures anti-Wade, sans préciser lesquelles. "Sur 12 millions d’habitants, qu’il y ait 200, 300 voire 1.000, voire 2.000 personnes qui manifestent contre la décision du Conseil constitutionnel, quand même cela ne dérange pas", a affirmé M. Mbacké Ndiaye sur Radio France Internationale (RFI).

Elu en 2000, réélu en 2007 pour cinq ans après une révision constitutionnelle de 2001 instituant un quinquennat renouvelable une fois, M. Wade se représente pour sept ans après le rétablissement du septennat en 2008, à la suite d’une nouvelle révision constitutionnelle. Ses opposants jugent sa candidature anti-constitutionnelle.