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Le Floch-Prigent : accusé d’escroquerie, l’ex-PDG d’Elf est transféré au Togo

Par AFP

L'ancien patron du groupe pétrolier Elf, Le Floch-Prigent. © AFP

L'ex-PDG du géant pétrolier français Elf, Loïk Le Floch-Prigent, arrêté à Abidjan dans le cadre d'un mandat d'arrêt international délivré par la justice togolaise dans une affaire d'escroquerie, a été "extradé" samedi soir vers le Togo, a indiqué dimanche une source gouvernementale.

Selon l’avocat de M. Le Floch-Prigent, Patrick Klugman, les "formes de l’extradition telles que nous les connaissons actuellement n’ont pas été respectées". L’ancien PDG "est l’enjeu d’une affaire intérieure à la politique togolaise", a-t-il déclaré à l’AFP.

Le transfert a été très rapide et la justice ivoirienne a assuré ne pas avoir été impliquée. L’ancien patron d’Elf a été entendu puis extradé par la police, a indiqué à Abidjan le substitut du procureur de la République, Noël Djé.

"Loïk Le Floch-Prigent a été arrêté hier (samedi) à Abidjan. Il a été extradé à Lomé hier vers 20H00 GMT. Il sera présenté demain (lundi) au juge pour être entendu", a déclaré une source du gouvernement togolaise à l’AFP.

Il doit être entendu à la suite d’une plainte d’un homme d’affaires émirati, Abbas Al Yousef, qui affirme avoir été victime d’une escroquerie portant sur un montant de 48 millions de dollars (environ 36,5 millions d’euros).

"Affaire intérieure à la politique togolaise"

Un ancien ministre togolais de l’administration territoriale, Pascal Bodjona, vient d’être inculpé dans le cadre de cette affaire. Un homme d’affaires togolais, Bertin Sow Agba, a également été inculpé.

Selon une source judiciaire au Togo, l’homme d’affaires émirati affirme que M. Le Floch-Prigent était son conseiller personnel à l’époque de l’escroquerie présumée.

Selon l’homme d’affaires émirati, le Togolais Bertin Sow Agba aurait organisé un réseau pour lui soutirer la somme de 48 millions de dollars et des membres de ce réseau lui auraient fait croire qu’ils avaient une fortune de feu le président ivoirien Robert Gueï, estimée à 275 millions de dollars, bloquée sur un compte en banque au Togo.

Pour Me Klugman, Loïk Le Floch-Prigent "est l’enjeu d’une affaire intérieure à la politique togolaise". "Je ne suis pas convaincu qu’il soit réellement détenu pour des faits d’escroquerie", a-t-il déclaré.

"Nous savons où se trouve mon client et qu’il a pu avoir accès à un avocat", a-t-il précisé, se disant "rassuré" par le fait que l’ex-PDG "ait pu s’entretenir avec un avocat à Lomé".

Me Klugman a ajouté qu’il craignait pour "l’intégrité physique de M. Le Floch-Prigent", âgé de 68 ans, "qui doit subir une intervention médicale prévue le 26 septembre à Paris".

M. Le Floch-Prigent, actuellement consultant dans le pétrole, a été emprisonné à plusieurs reprises en France pour corruption alors qu’il était à la tête d’Elf, de 1989 à 1993.

Incarcéré une première fois pendant cinq mois en 1996 pour malversations financières, il avait déclaré alors qu’Elf était considéré comme un instrument de la politique étrangère de l’Etat français.

Condamné en 2003 à cinq ans de prison pour abus de biens sociaux, il avait bénéficié d’une libération conditionnelle en 2004 pour raisons de santé.

Le Togo, petit pays d’Afrique de l’Ouest de quelque six millions d’habitants et colonie française jusqu’en 1960, est dirigé depuis 2005 par le président Faure Gnassingbe, qui a succédé à son père Gnassingbe Eyadema, lui-même resté 38 ans au pouvoir.

Il est le seul pays à avoir exécuté un mandat d’arrêt international des autorités ivoiriennes visant un exilé du camp de l’ancien président Laurent Gbagbo. Le Togo a en effet arrêté le 6 juin dernier et extradé en Côte d’Ivoire l’ancien ministre de la Défense ivoirien Moïse Lida Kouassi.

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