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Mozambique : l’énigmatique succession du président Guebuza

Par AFP

Le président du Mozambique Armando Guebuza à Maputo, le 18 août 2012. © AFP

Le congrès du Frelimo, au pouvoir depuis l'indépendance au Mozambique, s'est achevé dimanche sans indication claire pour la succession du président Armando Guebuza, à la tête jusqu'en 2014 d'un pays riche à milliards en charbon et en gaz.

Le président Guebuza, qui a entamé son deuxième mandat en 2009, a plusieurs fois répété qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, conformément à la Constitution qui ne l’autorise pas. Or, à la surprise générale, le Frelimo l’a reconduit à la tête du parti pour cinq ans, sans aucun autre candidat pour lui barrer la route. En outre, les deux favoris dans la course à la magistrature suprême, les ex-Premiers ministres Luisa Diogo et Aires Ali, ont échoué devant la porte du bureau politique, passage indispensable pour espérer accéder au sommet du pouvoir en vertu d’une règle non-écrite du régime.

Ni l’un ni l’autre n’ont obtenu de siège au sein de ce cercle fermé de 15 membres et qui constitue l’organe suprême du parti dominant la vie mozambicaine. Aux affaires depuis 1975, le Frelimo a remporté 75% des suffrages et 191 sièges sur 250 au parlement en 2009. Officiellement, la désignation du successeur de M. Guebuza ne figurait pas à l’ordre du jour du congrès, tenu à Pemba (nord) en présence d’environ 2.000 délégués. Mais durant toute la semaine de débats, la question était dans toutes les têtes.

"On recommence à zéro"

Les observateurs se sont immédiatement lancés dans un savant décryptage de la nouvelle composition du bureau politique, se demandant lequel des quinze membres a le plus de chance d’écrire son nom au fronton de la campagne électorale de 2014. Sera-ce le secrétaire général du Frelimo, Filipe Paunde, réélu haut la main à sa fonction? Le ministre de l’Agriculture Jose Pacheco, ou la présidente du Parlement Veronica Macamo ? "La plupart des principaux candidats ont été refusés. On recommence donc vraiment à zéro, et ces six prochains mois on verra beaucoup de luttes de pouvoir", prédit Joseph Hanlon, analyste politique basé à Londres et fin observateur du pays.

M. Guebuza, 69 ans, pourrait être tenté de manoeuvrer pour garder le pouvoir au-delà de son deuxième mandat présidentiel en redevenant le numéro deux d’un de ses fidèles qui lui succéderait à la présidence, suivant l’exemple du président russe Vladimir Poutine. "Ce sera très intéressant de voir s’il y parvient", estime M. Hanlon. Mais pour l’instant tout indique que le parti est divisé et que "M. Guebuza ne contrôle pas tout". Son incapacité à imposer M. Ali au bureau politique est un signe qui ne trompe pas.

Princesse millionnaire

Selon le quotidien indépendant Mediafax, c’est désormais du côté de M. Paunde, un autre fidèle du président, qu’il faut regarder. Pour corser cette énigme digne des meilleurs kremlinologues, le congrès a également permis l’élection remarquée au comité central de Valentina, la propre fille du président et gestionnaire à 32 ans de l’empire économique familial, Focus 21. Baptisée "la princesse millionnaire" par le magazine Forbes, elle siègera parmi les 180 membres du comité central, deuxième plus puissant échelon du parti et traditionnellement réservé aux vétérans des luttes pour l’indépendance et de la guerre civile.

Son père, ancien général marxiste dans les années 1980, avait accédé au pouvoir en 2005 après une plongée effrénée dans les affaires s’étalant dans de nombreux domaines, mines, BTP, pêche, médias. Sous sa présidence, l’ancienne colonie portugaise continue d’afficher une croissance insolente de plus de 7% et elle est à l’aube d’investissements étrangers massifs après d’énormes découvertes de charbon, de gaz off-shore et peut-être de pétrole dans le lac Malawi.

La majorité des 23 millions d’habitants n’en bénéficie guère. A l’heure du congrès, la presse locale ironisait sur les 8 millions de dollars dépensés pour cet événement. "Quand vous mangez des crevettes et du homard, veuillez vous souvenir des millions d’enfants de la province de Cabo Delgado qui souffrent de malnutrition chronique", critiquait un éditorial publié par Mediafax.

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