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Centrafrique : assimilés aux rebelles, les musulmans de Bangui vivent dans la peur

Par AFP

Un musulman lit le Coran devant la mosquée centrale de Bangui le 4 janvier 2013 © AFP

"Nous avons peur des machettes et des Kokoras (arc/flèches en sango)" affirme Souleman Ali, un musulman à la sortie de la prière du vendredi à la mosquée centrale de Bangui, alors que des forces de l'ordre et des "patriotes" s'en prennent régulièrement aux musulmans qu'ils assimilent aux rebelles.

"Un jeune a été tué. Il était innocent. La rébellion ce n’est pas notre faute. Je suis né ici", poursuit ce boucher d’une trentaine d’années. Dans la nuit de lundi à mardi, un musulman a été tué par les forces de l’ordre, provoquant un début d’émeute et le lynchage mortel d’un policier par une communauté excédée par le "harcèlement" dont elle s’estime l’objet.

Environ 15% de la population centrafricaine est musulmane. Si la plus grande partie est concentrée dans le nord du pays aux frontières du Tchad et du Soudan, il en existe une importante communauté à Bangui, mais il n’y a pas de chiffres officiels.

Le pouvoir a accusé à de nombreuses reprises l’alliance rebelle Séléka, qui a gelé son offensive à 160 km au nord de Bangui, d’être composée majoritairement de musulmans ne parlant pas le Sango (la langue centrafricaine).

"On demande la paix"

"On nous arrête aux barrages. Nous sommes Centrafricains et pourtant on nous considère comme des étrangers. Nous voulons la paix, qu’on nous laisse tranquille", s’exclame un jeune, sous couvert de l’anonymat.

"Même quand nous avons nos papiers, on a peur. Aux barrages, ils ont des machettes. Ils nous arrêtent plus de dix fois par jour. On n’ose plus se promener", ajoute un autre.

Un commerçant plus âgé précise : "Je suis Centrafricain, mon grand-père est arrivé ici avant les colons, avant l’indépendance. Mon père est né ici, je suis né ici… Les rebelles, c’est un problème pour nous! Les musulmans, on demande la paix. La rébellion ce n’est pas bon pour le commerce, le business".

L’imam Saliou Ndiaye reconnaît que "quelques personnes malintentionnées peuvent accuser à tort ou à travers" mais tient un discours apaisant: "Nous avons toujours vécu en symbiose avec les autres communautés".

"Les musulmans ne sont pas avec les rebelles même si parmi eux il y a certainement des musulmans puisque la Centrafrique est composée de musulmans, catholiques, protestants et autres religions", explique-t-il.

Dialogue

"Les musulmans sont très présents dans l’économie et si le pays ne marche pas les musulmans souffrent. Ce n’est pas seulement la communauté musulmane qui souffre, c’est tout le pays. Quand une balle siffle, elle ne ne choisit pas un musulman ou un non-musulman", rappelle-t-il.

"Depuis deux semaines et le début de l’affaire (le 21 décembre), tous les après-midis on lit le Coran à la mosquée centrale et on demande à Dieu de nous ramener la paix. On veut la paix et ce qui amène la paix, c’est le dialogue. On a toujours prié pour qu’il y ait la paix entre les rebelles et les autorités", conclut-il.

A l’université, les étudiants tchadiens – de toutes les confessions -, eux aussi assimilés aux rebelles, affirment également subir de mauvais traitements.
Raymond Ngakoutou Naguetbe, président des 560 étudiants tchadiens en République centrafricaine, se plaint "du problème sécuritaire". "Un jeune a été pris en otage par deux militaires, il lui ont pris un sac de riz et des haricots, il a été tabassé", explique-t-il.

"Beaucoup d’étudiants ne parlent pas Sango et quand tu ne parles pas Sango tu es assimilé aux rebelles, et comme l’université n’a pas délivré de cartes d’étudiants… Ils ne peuvent plus sortir. Ceux qui sont terrés chez eux n’ont rien à manger", assure-t-il.

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