Fermer

Tunisie : le procès des Femen reporté à mercredi, leur libération refusée

Par AFP

Les avocats français et tunisiens des trois Femen incarcérées, le 21 juin 2013. © AFP

Le procès en appel de trois militantes européennes de Femen emprisonnées à Tunis a été reporté au 26 juin en raison d'une erreur de procédure et leur libération conditionnelle refusée vendredi, suscitant à nouveau la colère de leurs avocats.

Le procès en appel de trois militantes européennes de Femen emprisonnées à Tunis a été reporté au 26 juin en raison d’une erreur de procédure et leur libération conditionnelle refusée vendredi, suscitant à nouveau la colère de leurs avocats.

Me Souhaib Bahri, avocat tunisien des accusées –deux Françaises et une Allemande-, a expliqué que la justice n’a pas laissé expirer le délai légal de dix jours permettant à des associations islamistes de faire appel de la décision du 12 juin de rejeter leur demande de se constituer partie civile. "Puisque le délai n’expire qu’aujourd’hui, le juge n’aura d’autre choix (que de reporter le procès) pour laisser le temps aux associations de faire appel", a-t-il indiqué, pointant du doigt une "faute du ministère public".

Après cet imbroglio et l’annonce du report au 26 juin, les défenseurs français des militantes emprisonnées depuis le 29 mai et condamnées en première instance à quatre mois de prison pour une manifestation seins nus ont dénoncé le flou entretenu par la justice tunisienne. "L’incertitude en matière judiciaire est le corollaire de l’arbitraire", ont estimé Patrick Klugman et Ivan Terel. "Les autorités judiciaires tâtonnent et hésitent et les associations islamistes en profitent", ont-ils dit à l’AFP.

Avant le début de l’audience, Me Bahri s’était réjoui du fait que la procédure ait été accélérée pour permettre au procès d’appel d’avoir lieu dès vendredi. Les avocats des associations islamistes ont à l’inverse dénoncé des "pressions étrangères" pour expliquer ce calendrier. "Nous sommes surpris de cette rapidité mais c’est à cause des pressions étrangères", a déclaré Me Mounaam Turki.

Le procureur a rejeté ces accusations : "Il n’y a eu aucune pression sur la justice, nous avons accéléré (la procédure) (…) pour donner un exemple aux étrangers présents de la qualité et de l’état d’avancement de la justice tunisienne", a-t-il dit.

En début d’audience, les accusées ont pu brièvement s’expliquer, vêtues, comme le veut la coutume pour les femmes jugées en Tunisie, du safsari, le voile traditionnel tunisien les recouvrant de la tête au pied.

Elles ont souligné une nouvelle fois que leur action seins nus visait à soutenir Amina Sboui, une militante tunisienne de Femen emprisonnée depuis le 19 mai. "Notre but n’était pas de violer la loi tunisienne ou de porter atteinte à la pudeur, mais juste de soutenir Amina", a indiqué Joséphine Markmann, la militante allemande, s’exprimant via un interprète.

Amina Sboui a été arrêtée après avoir peint le mot "Femen" sur le muret d’un cimetière musulman pour protester contre un rassemblement salafiste à Kairouan (centre). Elle risque deux ans de prison pour profanation de sépulture et six mois pour atteinte aux bonnes mœurs. Ces peines peuvent être considérablement alourdies si Amina est reconnue coupable d’avoir agi en bande organisée.

La condamnation des Femen et celle le lendemain d’un rappeur à deux ans de prison pour un chanson insultant la police ont été critiquées par des ONG de défense des droits de l’Homme qui considèrent que ces affaires relèvent du domaine de la liberté d’expression même si les méthodes sont controversées.

La France, l’Allemagne et l’Union européenne ont aussi regretté la sévérité de la peine infligée aux Femen. L’affaire des Femen en Tunisie intervient aussi alors qu’une visite du président français François Hollande serait prévue pour début juillet. Les défenseurs français des jeunes femmes avaient d’ailleurs prévenu qu’ils comptaient s’appuyer sur la première visite en Tunisie d’un chef de l’Etat français depuis la révolution de 2011 pour mobiliser l’opinion publique.

L’opposition laïque accuse régulièrement le gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahda de chercher à juguler la liberté d’expression et de viser à revenir sur les acquis des Tunisiennes. Les femmes en Tunisie bénéficient de la législation la plus libérale du monde arabe mais les féministes y ont critiqué l’action de Femen tout en soulignant que leur place n’était pas en prison.
 

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici