Affaire du Tanit : trois pirates condamnés à 9 ans de prison

Par AFP

Deux des trois Somaliens jugés à Rennes dans l'affaire du Tanit, le 14 octobre 2013. © Damien Meyer/AFP

Les trois pirates somaliens qui comparaissaient depuis lundi devant la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine pour la prise d'otage du voilier la Tanit au large de la Somalie en avril 2009 ont été condamnés vendredi chacun à neuf ans de prison ferme.

Les trois Somaliens, Mohamed Mahamoud, Abdelkader Osmane Ali et Mahamoud Abdi Mohamed, âgés de 26 à 31 ans, ont écopé de la même peine pour détournement de navire par violence ou menace, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de plusieurs personnes dont un mineur de moins de 15 ans, commis en bande organisée.

"Je suis satisfait, c’est équitable, on est dans des sentences acceptables par tout le monde", a considéré Me Ronan Appéré, l’avocat de Abdelkader Osmane Ali.

L’avocate de Mahamoud Abdi Mohamed, Me Catherine Glon, a considéré la sentence "lourde" mais néanmoins "satisfaisante" étant donné que les trois pirates ont été condamnés à la même peine.

"C’est tout à fait satisfaisant", a lui aussi considéré l’avocat des parties civiles, Me Arnaud Colon de Franciosi pour qui il s’agit d’une "sanction équilibrée". Pour ces faits, ils encouraient la réclusion criminelle à perpétuité.

L’avocat général Brigitte Ernoult-Cabot avait requis vendredi matin de "10 à 12 ans" de réclusion criminelle à leur encontre, expliquant: "On ne peut pas nier que leur volonté était de détourner le navire et de prendre des otages".

Le 4 avril 2009, ils avaient attaqué le voilier de 12 mètres, qui croisait à plus de 900 km des côtes somaliennes avec à bord Florent Lemaçon, Chloé et leur fils Colin, trois ans et demi, ainsi que deux équipiers.

Le drame s’était terminé le 10 avril 2009 par une intervention des commandos français et s’était soldé par la mort de deux pirates et du skipper Florent Lemaçon, tué accidentellement lors de l’assaut des commandos de marine.

Les pirates se sont présentés comme des "exécutants", des jeunes désœuvrés, affamés, qui ont cédé à la tentation d’une vie plus facile.

"Ce qu’ils veulent ce n’est même pas vivre, c’est survivre", a affirmé dans sa plaidoirie Me Fabian Lahaie, avocat de Mohamed, qui rappelle qu’à son arrivée en France son client, qui mesure 1m80, pesait 40 kg.

Il a précisé que les trois jeunes Somaliens "ont reçu un ordre qu’ils n’ont pas exécuté, celui de tuer les otages" en cas d’assaut ou de la mort de l’un d’entre eux.

"La misère ne justifie pas tout"

Au cours du procès, les pirates ont tous exprimé leurs regrets et demandé pardon, ce qu’ils ont réitéré vendredi à l’issue des plaidoiries.

Si lors de ce procès la misère dans laquelle vivaient les trois accusés a été régulièrement mise en exergue, "la misère, ça ne justifie pas tout", a relevé mercredi l’ex-ministre de la Défense Hervé Morin, comme l’ont aussi fait d’autres témoins lors de cette audience.

Cette semaine de procès devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine a aussi permis aux victimes et à leurs familles d’obtenir des réponses à leurs questions.

Les responsables militaires appelés à la barre ont ainsi confirmé que la mort du skipper était bien due à une balle française, un fait connu dès la fin de l’opération commando alors que les parties civiles ont dû se battre pour que ce fait soit reconnu.

Dans cette affaire "les dirigeants de l’État français avaient pris la décision de donner une leçon" aux chefs des pirates à terre, a estimé lors de sa plaidoirie , Me Colon de Franciosi.

"Florent Lemaçon est mort, selon moi, pour la raison d’État. On a souhaité que cette opération soit un signe très fort envers les Somaliens, les otages sont passés au second plan", a-t-il affirmé.