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Gabon – Guinée Équatoriale : comment faire bonne figure à la CAN 2012

Les points faibles du Gabon : un sélectionneur contesté, des tensions entre Cousin et Mouloungui. © AFP

Le Gabon semble mieux outillé que la Guinée équatoriale pour nourrir quelques ambitions pour la CAN 2012. Pour les deux pays hôtes, qualifiés d'office, le défi est de taille. Ils doivent sauver l'honneur.

En des temps pas si anciens, l’annonce de la démission du sélectionneur de la Guinée équatoriale n’aurait pas éveillé le moindre intérêt au-delà des frontières de l’ancienne colonie espagnole. Seulement, le petit État pétrolier coorganise la Coupe d’Afrique des nations (CAN) avec le Gabon, et le nom de l’intéressé – Henri Michel – a largement favorisé la propagation d’une information qui s’est finalement confirmée. Deux raisons qui ont suffi à faire basculer la Guinée équatoriale dans le camp des pays médiatiquement très observés. Et à lui faire vivre une crise dont on mesurera, peut-être, les effets à très court terme.

Car Henri Michel (64 ans) a, en définitive, claqué la porte le 21 décembre dernier, deux mois après avoir déjà envisagé de quitter Malabo, lassé d’une situation qu’il jugeait « trop compliquée ». Et l’influence de Teodoro Obiang Nguema, l’omniprésent chef de l’État équato-guinéen, qui l’avait rattrapé par la manche à deux mois et demi du coup d’envoi de la CAN, n’a cette fois-ci servi à rien.

« Quand je suis arrivé en décembre 2010, j’étais face à une page blanche », a souvent rappelé Henri Michel. La situation n’a pas évolué comme il l’aurait souhaité, et les griefs qu’il a portés sur la place publique proliféraient. Il s’était notamment plaint d’avoir à trouver lui-même des stages et des matchs amicaux, le plus souvent en France et en Espagne, et de voir certaines personnes gravitant autour du Nzalang Nacional tenter de lui imposer des choix, tout en constatant l’emprise néfaste de quelques joueurs « qui prennent l’équipe en otage »… En outre, le championnat national n’est qu’une chimère.

La lassitude de Michel

Les difficultés rencontrées au quotidien, l’ingérence récurrente du pouvoir politique et une sélection « prise en otage » par quelques joueurs : les raisons qui ont poussé Henri Michel à démissionner le 21 décembre sont les mêmes que celles qui l’avaient déjà incité à vouloir tirer sa révérence deux mois plus tôt. La première fois, le chef de l’État, Teodoro Obiang Nguema, lui avait demandé de rester, et Michel avait accepté.

Son remplaçant, Gilson Paulo, le troisième Brésilien à diriger le Nzalang Nacional après Antonio Dumas (2003) et Jordan de Freitas (2006), est, comme ses deux compatriotes, un parfait inconnu du grand public. Le CV de ce sexagénaire (62 ans) qui va vivre lors de cette Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2012 sa première expérience sur le continent fait la part belle à son ancien statut de directeur du centre de formation de Vasco da Gama, un des meilleurs clubs du Brésil.

Pas de gros réservoir de joueurs

Le Français, qui a exploré l’Afrique sous toutes ses coutures depuis deux décennies, est tombé de haut : « Je savais que ce serait difficile, mais pas à ce point. La Guinée équatoriale n’a pas un gros réservoir de joueurs, et depuis que je suis arrivé avec mon staff, nous avons multiplié les essais. » Michel a beaucoup testé, piochant parmi des joueurs locaux et une multitude d’expatriés (ou de naturalisés) dénichés en France, en Espagne, en Belgique, au Brésil, au Venezuela ou en Iran, mais toujours dans des divisions inférieures.

La Guinée équatoriale a gagné quelques matchs amicaux. Résultat : Michel a dû passer une bonne partie de son temps à tempérer les ardeurs d’une opinion publique convaincue qu’un sacre continental n’est plus un fantasme. « Si on passe le premier tour, ce sera déjà bien, car nous venons de très loin. Il faut voir plus loin que cette CAN et préparer l’avenir », ressassait-il avant son premier faux départ.

Pas sûr que le Brésilien Gilson Paulo, nommé le 2 janvier pour le remplacer (lire l’encadré ci-dessus), ait eu le temps de faire de la Guinée équatoriale une bête de concours…

Gernot Rohr chahuté

Malgré les perfidies d’un tirage au sort délicat (il est dans le groupe C avec le Maroc, le Niger et la Tunisie), le Gabon semble nettement plus capable que son coorganisateur de jouer un rôle lors de cette CAN. Et ce même si lors de ses trois précédentes apparitions en phase finale (1996, 2000 et 2010) il n’a jamais passé l’épreuve du premier tour.

Gernot Rohr évite pudiquement d’évoquer la haine que se vouent deux de ses attaquants, le capitaine Daniel Cousin et Éric Mouloungui.

Cependant, comme son voisin équato-guinéen, le pays n’a pas su s’épargner une mini-crise au coeur de l’automne – mais dans un style plus feutré -, dont le principal acteur fut Gernot Rohr (58 ans), le sélectionneur allemand des Panthères. « J’ai été victime d’une campagne médiatique orchestrée par un personnage [un président de club de Division 1 gabonaise, NDLR] qui voulait ma tête », rappelle-t-il. Le nom de son successeur, le champion du monde français Lionel Charbonnier, était même sorti dans la presse fin octobre, jusqu’à ce qu’Ali Bongo Ondimba, relayé par le ministre des Sports et le président de la fédération, siffle la fin de la récréation.

Ce qui n’empêche pas la presse et une partie des supporteurs de contester les choix de Gernot Rohr, coupable à leurs yeux d’avoir opté pour un système de jeu qui ne correspondrait pas aux caractéristiques de ses joueurs. « Nous avons obtenu des résultats intéressants ces derniers mois. L’équipe encaisse peu de buts et, surtout, une véritable ossature s’est dégagée dans un groupe sain et uni où l’ambiance est constructive », rétorque le successeur d’Alain Giresse, en omettant pudiquement d’évoquer la haine que se vouent deux de ses attaquants, le capitaine Daniel Cousin et Éric Mouloungui. Sans star – même si Pierre-Émerick Aubameyang (Saint-Étienne) ou Bruno Ecuele Manga (Lorient) jouissent d’une honnête réputation en France -, les Panthères n’ignorent pas qu’évoluer à domicile ne suffit pas forcément pour exister dans une compétition.

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