CAN 2012 – André Ayew : « Le Ghana est l’équipe star du moment en Afrique »

par André Ayew

André Ayew : "J'ai toujours voulu être footballeur, sauf un moment où je me voyais docteur." © AFP

Attaquant de l'équipe nationale du Ghana et de l'Olympique de Marseille, André Ayew revient pour Jeune Afrique sur son parcours. Et confie son rêve de remporter la CAN 2012.

Je veux gagner la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2012) avec le Ghana. Troisièmes de l’épreuve en 2008, finalistes en 2010, quarts de finalistes de la Coupe du monde 2010, les Black Stars sont très attendues au pays. Presque condamnés à l’emporter. Nous sommes également l’équipe star du moment en Afrique. L’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, des sélections qui ont de plus grands joueurs que nous, n’ont pas réussi à endosser le rôle. Mais ça va être très compliqué. Toutes les équipes vont jouer leur vie contre nous… La victoire au Mondial des moins de 20 ans, en octobre 2009, reste le plus beau souvenir de ma carrière, ma plus grande fierté. J’étais capitaine de cette bande de copains. J’espère vivre ça avec l’équipe A.

Dois-je être satisfait de ce que j’ai déjà accompli à 22 ans ? Je me tromperais. À 22 ans, Messi était déjà le meilleur joueur du monde. Je veux progresser ; tous les jours, je ne pense qu’à ça. Je franchis des étapes. En décembre, j’ai reçu le prix de meilleur joueur africain de l’année de la BBC, et j’étais dans la liste des trois nominés pour le Meilleur joueur 2011 de la Confédération africaine de football (CAF) avec Seydou Keita et Yaya Touré (finalement lauréat). En 2010, j’étais seulement dans les dix.

Les trois joueurs que j’ai pour modèles : mon père, Abedi Pelé, George Weah et Samuel Eto’o.

Je rêve d’obtenir ce trophée un jour, comme les trois joueurs que j’ai pour modèles – mon père, Abedi Pelé, George Weah et Samuel Eto’o -, qui ont tout fait pour gagner mais ont aussi oeuvré pour l’image du continent. Enfant, je pouvais passer des heures à regarder des cassettes de Weah. Joueur, je l’ai croisé plusieurs fois et il a toujours eu des bons conseils pour moi.

Je suis rentré au Ghana pour les fêtes de fin d’année. J’y vais tous les six mois environ. Je retourne manger les meilleurs plats de ma mère, à Accra, à base de fufu et de riz. Je mélange l’anglais et le français avec la famille, je parle un peu le tchi, l’akan avec certains amis. Ma fille Inaya (« la grâce », chez les musulmans) n’a que 3 mois, mais, quand elle sera plus grande, je lui montrerai le village de ma mère, celui de mon père (Tamale, dans le nord du pays), tous les endroits où j’ai grandi, par petites touches. Je lui apprendrai les valeurs du Ghana, le partage, le courage aussi.

Je suis né dans le nord de la France, j’ai beaucoup bougé dans les valises de mon père, en Europe, en Afrique. Toutes ces cultures m’ont ouvert l’esprit. Mais c’est au Ghana que j’ai forgé mon caractère. À 11 ans, je jouais sur des terrains en terre contre des gaillards plus âgés que moi, plus costauds. J’ai vite su que, techniquement, je pourrais faire la différence. Mais aussi qu’il faudrait encaisser les coups, ne pas céder physiquement – j’étais gringalet, je ne savais pas si j’allais grandir, m’épaissir, dans quelles proportions.

Le plus dur n’est pas de devenir un bon footballeur, mais de le rester.

Mon frère Jordan, qui évolue à l’Olympique de Marseille (OM) avec moi, voulait devenir pilote de formule 1. Moi, j’ai toujours voulu être footballeur, à part peut-être un court moment où je me voyais docteur. En France comme au Ghana, sur les terrains comme en dehors, j’ai toujours eu l’étiquette « fils d’Abedi Pelé ». Dans les rues d’Accra, tout le monde me reconnaissait. Tu ne sais jamais si les amitiés sont vraies ou fausses. Je m’en suis accommodé. En tout cas, j’ai toujours été conscient du chemin à parcourir.

Quand je suis arrivé au centre de formation de l’OM à 14 ans, mon seul désir était de réussir. Les trois premiers mois ont été difficiles. La moitié de mon argent de poche est passée dans le téléphone. Loin de la famille, des copains, avec un climat différent, une grosse concurrence entre jeunes, une autre mentalité à apprivoiser, les cours… Je me suis accroché, j’ai bossé. Et en signant mon premier contrat pro, à 17 ans, je me suis cru arrivé.

Dire que j’ai « pris le melon » me semble un peu fort, mais je suis tombé dans la facilité. Jusqu’à ce que je comprenne que le plus dur n’était pas de devenir un bon footballeur, mais de le rester. J’ai eu un passage mitigé à Lorient, puis une immense désillusion à mon retour à Marseille, à l’été 2009. Je suis mis à l’écart du groupe pro. Ce qui restera toujours dans un coin de ma tête… Arles-Avignon, en Ligue 2, et le soutien de mes proches ont été mon salut. Aujourd’hui, je sais d’où je viens.

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Propos recueillis à Marseille par Mathieu Grégoire

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