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Génocide rwandais : Léon Mugesera va devoir affronter son passé

Léon Mugesera lors de son arrivée à Kigali le 25 janvier 2012. © AFP

Au terme d'une longue bataille judiciaire, Léon Mugesera, l'un des planificateurs présumés du génocide rwandais a été extradé par le Canada vers Kigali.

C’est menottes aux poignets et encadré par deux policiers que Léon Mugesera, 60 ans, est apparu sur le tarmac de l’aéroport de Kigali, dans la nuit du 24 au 25 janvier. Jeudi, il a été inculpé par la justice rwandaise pour planification du génocide de 1994, incitation à prendre part au génocide et distribution d’armes. Extradé par le Canada au terme d’un long feuilleton judiciaire, cet ancien professeur à l’université Laval, au Québec, est entré, à sa manière, dans l’histoire du Rwanda, en 1992. À cette époque, le pays des Mille Collines est en pleine guerre civile. Les parties belligérantes, sous les auspices de la communauté internationale, mènent des pourparlers de paix à Arusha, en Tanzanie. En attendant, un gouvernement de transition a été mis en place. Mugesera, qui enseigne à l’université nationale, à Butare, est vice-président du Mouvement républicain national pour la démocratie et le progrès (MRND) au niveau de la préfecture de Gisenyi (Nord-Ouest). Il est, dit-on, de ceux qui prônent le Hutu Power, bien qu’il y ait des Tutsis dans sa propre famille.

"Discours incendiaire"

Le 22 novembre 1992, il prononce un discours devant environ un millier de personnes à Kabaya, non loin de Gisenyi. Il s’en prend à ceux « qui ont envoyé leurs enfants pour prêter main-forte aux Inkotanyi [le Front populaire rwandais, NDLR] » et se demande pourquoi on ne les extermine pas. Et préconise le retour des Tutsis dans leur « pays », « l’Éthiopie ». Le 25 novembre, le ministre de la Justice demande au procureur de la République d’arrêter Mugesera pour « avoir tenu un discours incendiaire susceptible de dresser les citoyens les uns contre les autres et même de causer des troubles sur le territoire de la République ». Le 26 novembre, le procureur émet un mandat d’amener pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Le 6 décembre, un télégramme de recherche pour « incitation à la haine et au génocide » est diffusé par le procureur. Entre-temps, Mugesera, qui a trouvé refuge dans un camp militaire, réussit à quitter le Rwanda avec sa famille. Après un bref séjour en Espagne, il gagne le Canada. Mais en 1995, son discours de Kabaya se met à circuler. Ottawa entame alors la procédure qui va conduire à son expulsion. D’autant que, le 13 janvier 1995, un procureur rwandais lance un mandat d’arrêt contre lui pour « planification du génocide ».

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