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Dossier

"Cet article est issu du dossier" «Côte d'Ivoire : les douze travaux d'ADO»

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Côte d’Ivoire : habitat, transports, énergie… les urgences au programme

Le tronçon de l'autoroute entre Abidjan et Yamoussokro est en cours de finition. © Olivier pour J.A.

Face aux enjeux de la reconstruction et de la relance économique, l'État accélère la réalisation de son plan d'aménagement. Il donne une forte priorité à l'habitat, aux transports et à l'énergie.

Onze mille cinq cents milliards de F CFA (plus de 17,5 milliards d’euros), c’est le montant du programme d’investissement 2011-2015 réévalué fin janvier. Pour cette année 2012, l’État ivoirien a prévu de consacrer 620 milliards de F CFA à ces chantiers, soit un budget en hausse de plus de 108 % par rapport à celui de 2010. Conscient que le pays ne peut à lui seul mobiliser les financements nécessaires à une réalisation rapide des infrastructures – soit 2 000 milliards de F CFA par an -, le gouvernement s’est lancé dans la recherche de partenaires. Avec un certain succès. Les bailleurs de fonds multilatéraux se mobilisent, à l’instar de la Banque islamique de développement (BID), qui s’est engagée à débloquer une enveloppe de 200 milliards de F CFA pour la réalisation de dix-sept projets au cours des trois prochaines années.

Un toit pour tous

En attendant la mobilisation de tous les fonds, le 9 janvier, le chef de l’État a présidé au début des travaux de construction des 2 420 logements sociaux de la future Cité ADO, à Yopougon, commune populaire ­d’Abidjan. Un marché confié à Frame Built, la nouvelle filiale locale du français Lafarge, qui marque « le début de la concrétisation du projet garantissant le droit à un toit pour tous », a précisé Alassane Ouattara. Cette opération s’inscrit en effet dans le cadre du programme national pour l’habitat, par lequel le gouvernement s’est engagé à construire 50 000 logements par an pour les foyers à faibles revenus. « Pour atteindre nos objectifs, explique Nialé Kaba, ministre de la Promotion du logement, nous axons notre stratégie sur une forte implication de l’État, dans un partenariat avec le secteur privé. » Le programme, d’un coût global de plus de 54 milliards de F CFA, devrait permettre de combler un déficit évalué à 400 000 logements (dont la moitié dans la capitale économique). Il a été confié à deux opérateurs : le français Lafarge et le groupe italien ENI, les groupes ivoiriens n’étant pour le moment pas en mesure de le réaliser dans les normes et les délais requis.

Soucieux de donner une meilleure image à la capitale économique et un environnement sain à ses habitants, le chef de l’État a fait de l’opération de réhabilitation-dépollution de la baie de Cocody un axe important du projet de développement d’Abidjan et l’a inscrit parmi les chantiers du programme d’investissement 2011-2015. Décliné en plusieurs étapes, le plan d’aménagement de la lagune est à l’étude dans l’officine du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD).

Les projets ne pourront être réalisés dans les temps sans aides extérieures.

Fer et bitume

Pour mettre à niveau Abidjan en matière d’infrastructures de transport, les travaux du troisième pont Riviera-Marcory, baptisé pont Henri Konan-Bédié, ont été lancés en septembre par la Société concessionnaire du pont Riviera-Marcory (Socoprim, filiale du français Bouygues). Objectif : mettre fin aux bouchons qui paralysent la capitale économique ivoirienne et minent le quotidien de ses 5 millions d’habitants. Le coût de l’ouvrage, estimé à 125 milliards de F CFA, est supporté par l’État, la Banque africaine de développement (BAD) et plusieurs institutions financières. Il devrait être opérationnel avant la fin de 2014. Également au programme pour Abidjan : l’étude de faisabilité d’un tramway, sur laquelle le français Alstom a déjà bien avancé. Cependant, ce luxe – estimé à près de 700 millions d’euros – ne fait pas partie des priorités.

Bien plus urgent, le programme routier qui vise à rendre toutes les régions du pays rapidement accessibles a été mis en oeuvre, pour un montant évalué à 1 000 milliards de F CFA sur cinq ans. Le pays envisage de construire 2 500 km de routes bitumées, d’en renforcer plus de 840 km et de réhabiliter près de 13 700 km de pistes villageoises. Parmi les plus grands chantiers (69 milliards de F CFA), celui de l’autoroute du Nord Abidjan-Ouagadougou (dont le tronçon jusqu’à Yamoussoukro est en phase de finition) devra faciliter les liaisons entre Abidjan et les régions de l’Ouest, du Centre et du Nord, ainsi qu’avec les pays de l’hinterland (Burkina Faso, Mali et Niger). Une autoroute entre Abidjan et Accra, la capitale ghanéenne, est également en projet.

En matière ferroviaire, la voie Abidjan-Ouagadougou sera réhabilitée – un projet vieux de plus de trente ans enfin relancé – et prolongée jusqu’à Niamey. Côté Ouest, une ligne de chemin de fer doit être construite pour relier le deuxième port du pays, San Pedro, à Touba, chef-lieu de la région du Bafing (Nord-Ouest), afin de faciliter l’évacuation des minerais de nickel et de fer depuis l’hinterland, en particulier depuis le sud-est de la Guinée, toute proche.

Centrales

Enfin, s’il est un secteur où la Côte d’Ivoire reste déficitaire, c’est bien celui de l’énergie. « La consommation augmente de 50 mégawattheures chaque année et le défi est énorme pour l’État s’il veut combler le déficit et répondre aux besoins des particuliers et de l’industrie », confie Jean-Louis Billon, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire. En la matière, les chantiers sont donc prioritaires, et la plupart ont été engagés. « Le gouvernement a prévu une augmentation moyenne de la puissance d’environ 150 MW dans les prochaines années, explique Adama Toungara, ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Ce plan comprend l’acquisition d’une centrale thermique de 100 MW en 2012, la réalisation de la troisième phase d’Azito en 2013, l’augmentation de la puissance de la Ciprel de 22 MW en 2014 [pour 117 milliards de F CFA, NDLR] et, surtout, la mise en production du complexe de Soubré, d’une capacité de 270 MW, à l’horizon 2015-2016. »

En attendant la construction du barrage et de la centrale de Soubré (Sud-Ouest), prévue dans deux ans (dont le coût s’élève à 255 milliards de F CFA), la troisième phase de la centrale thermique d’Azito a été lancée en octobre. Elle permettra d’augmenter de 50 % la production pour atteindre 3 000 GWh, contre 2 000 GWh actuellement. Le passage d’Azito III en cycle combiné (225 milliards de F CFA, financés notamment par la Société financière internationale), a été confié au sud-coréen Hyundai et à l’américain General Electric, qui commenceront les travaux dans le courant du premier semestre.

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