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Présidentielle sénégalaise : Wade, le combat de trop

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Le Conseil constitutionnel a tranché le 28 janvier : Abdoulaye Wade peut briguer un troisième mandat. La candidature de l’outrecuidant Youssou Ndour, elle, a été invalidée. Allez comprendre… Tour de passe-passe juridique ou non, la question n’est plus de savoir si Wade peut se présenter, mais s’il le doit. Pour un Sénégal au bord de l’abîme, confronté à un choix cornélien : poursuivre l’aventure avec un capitaine de bientôt 86 ans, dont tout le monde connaît les qualités mais aussi les défauts, ou confier les rênes à un homme neuf, plus jeune de vingt ou trente ans.

Il y a véritablement quelque chose de fascinant et de déroutant chez Abdoulaye Wade. « Gorgui », au fond, est un joueur de poker ; il tente des coups en permanence. Mais ceux qui pensent encore qu’il pourrait renoncer à son dernier combat le connaissent mal. Cinquante ans d’engagement politique, dont quarante dans l’opposition, ont fait de ce bretteur parfois emporté et de ce tribun hors pair à l’ego surdéveloppé un chef qui cherche plus souvent les preuves de ses certitudes que les reflets de ses doutes. Nourrie dans son adolescence de catégories mathématiques, de préceptes juridiques et de formules assénées, son action ne souffre aucune contestation. D’autant que l’homme est rancunier : il a ainsi repoussé notre demande d’interview, dans le cadre de l’élection présidentielle – laissant à son Premier minsitre, Souleymane Ndéné Ndiaye, le soin de s’exprimer à sa place (voir l’édition de Jeune Afrique n°2666, du 12 au 18 février 2012, p. 36) -, au motif que « J.A. [l]’a trop malmené »… Son âge avancé lors de son accession au pouvoir fera le reste : il incarnera éternellement l’homme pressé, toujours dans l’urgence, sans cesse en mouvement, jamais à court d’idées, des plus intéressantes aux plus saugrenues. Pour un bilan global contrasté.

À son actif, des routes, des infrastructures – indispensables au développement -, de nouveaux partenaires économiques, un pays qui pèse plus sur la scène africaine et internationale que ce que son potentiel ou sa démographie laissaient présager. Côté passif, des libertés fondamentales trop souvent malmenées, une économie sous perfusion permanente, une gouvernance erratique, des scandales à répétition, de graves problèmes sociaux jamais pris en charge sur le fond, mais traités superficiellement, comme si l’on appliquait de simples bandages sur de profondes blessures. Enfin, comme d’autres opposants au long cours parvenus au pouvoir, Wade a développé une inclination pour l’autocratie. Il est persuadé d’être le seul à savoir, à pouvoir, à vouloir. Il n’écoute plus grand monde en dehors de son cercle très intime, élabore lui-même les règles du jeu et ne s’en cache même plus. Pis, il est dans l’incapacité aujourd’hui, contrairement à 2007, d’expliquer à ses concitoyens pourquoi ils devraient voter pour lui. Comme il a été incapable de préparer sa succession. Autant de signes d’une fin de règne qui, si elle s’éternisait, ne ferait que faire perdre un temps précieux au Sénégal. Un luxe que le pays ne peut s’offrir. Le 1er avril 2000, quand Wade gravit enfin les marches du palais présidentiel pour succéder à son antithèse, le très placide Abdou Diouf, il incarnait l’espoir et la solution. Douze ans plus tard, il est devenu le problème… 

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