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Libye : fin de l’ingérence, ou presque…

Réfugié au Niger, Saadi Kaddafi a appelé les Libyens à se soulever contre le pouvoir en place. © Sipa

Les dirigeants libyens assurent qu'ils ne s'immisceront pas dans les affaires de leurs voisins du Sud, mais ils n'en conservent pas moins un grand pouvoir d'influence.

« Les règles du jeu avec l’Afrique vont changer. Chez l’homme de la rue, l’image des Africains n’est pas très bonne », confie le ministre libyen des Affaires étrangères, Achour Ben Khayal, au Financial Times. En clair, à Tripoli et à Benghazi, l’opinion publique reproche à beaucoup de chefs d’État africains d’avoir soutenu Mouammar Kadhafi jusqu’au dernier moment. Le Conseil national de transition (CNT) risque de le faire sentir à ses partenaires du continent, qui ne pourront plus aller chercher leurs mallettes à Tripoli.

Transparence

Hôtels de luxe, compagnies de téléphonie mobile… Le nouveau régime va-t-il se retirer des nombreux projets montés par le « Guide » dans toute l’Afrique, du Mali à l’Ouganda en passant par le Niger, le Bénin, le Tchad ou la Centrafrique ? « Non, pas du tout, répond l’influent Mansour Seif el-Nasr, ex-représentant du CNT à Paris. Dans chaque pays, une délégation libyenne va venir faire un audit. Nous voulons consolider nos investissements sur la base de contrats transparents. » En attendant, il a décidé de régler ses deux années d’arriérés de cotisations auprès de l’Union africaine.

« Fini l’ingérence de la Libye chez ses voisins du Sud, chez les Tchadiens par exemple, ajoute Seif el-Nasr. Nous n’avons plus la folie des grandeurs. Plus personne ne veut être le roi des rois. Nous souhaitons bâtir des relations saines avec nos frères africains. » Preuve de sa bonne volonté : pour lutter contre la prolifération des armes libyennes au Sahel, le CNT est prêt à accueillir, début mars, à Tripoli, une conférence sur la sécurité régionale avec les ministres de l’Intérieur et de la Défense des pays voisins. Autre signe : le CNT ne veut plus tirer toutes les ficelles de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), dont la prochaine réunion ministérielle pourrait se tenir au Maroc.

L’ingérence est-elle vraiment finie ?

Le 10 février, quand Saadi Kadhafi a attaqué le CNT sur les ondes d’Al-Arabiya depuis son exil de Niamey, la Libye a aussitôt demandé au Niger l’extradition du fils du « Guide » défunt. « De tels propos menacent les relations entre nos deux pays », a ajouté Achour Ben Khayal. Pour l’heure, les Nigériens refusent d’extrader l’ex-footballeur raté, mais, pour calmer le jeu, ils ont transféré Saadi au quartier général de la gendarmerie de Niamey et lui ont retiré tout moyen de communication. Les Libyens vont-ils se contenter de cette mesure ? Dans les prochains jours, ils attendent la visite d’une délégation nigérienne pour régler le problème. Révolution ou non, la Libye reste un pays riche et puissant. Et, parfois, elle le fait encore savoir à ses voisins du Sud sans mettre de gants.

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