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Tunisie – Mohamed Bakhti : « Aucun parti politique n’est conforme à la Sunna »

Mohamed Bakhti, leader salafiste. © Aude Osnowycz

Barbe rousse indomptée, calot sur la tête, fines lunettes teintées masquant un regard revolver, Mohamed Bakhti, 27 ans, étudiant tunisien en première année d'histoire, est le chef de file du mouvement salafiste qui a bloqué la faculté des lettres de la Manouba pendant huit semaines.

Membre du groupe armé tunisien dit de Soliman, Mohamed Bakhti a été condamné, en 2007, à douze ans de prison pour activités terroristes, avant d’être libéré en février 2011 à la faveur de l’amnistie générale.

Jeune Afrique : Quel est votre parcours ? Pourquoi avez-vous opté pour des études d’histoire ?

Mohamed Bakhti : D’où je viens et qui je suis importent peu. J’ai opté pour l’histoire lors de ma détention, mais je n’ai pas été autorisé à étudier en prison. Mon objectif est double : d’une part, réhabiliter l’islam en lui donnant la place qui lui revient à travers l’enseignement de son histoire et, d’autre part, approfondir la recherche pour montrer combien l’Occident l’a avili avec l’aide de professeurs communistes, gauchistes et laïques.

Comment s’est constitué le groupe de Soliman ?

Aujourd’hui, c’est une histoire ancienne. Nous avons été les victimes du régime de Ben Ali qui a engagé une campagne contre les étudiants islamistes. Il voulait briser le mouvement, comme il l’a fait en 1991 avec nos aînés.

Quels sont vos objectifs à la faculté de la Manouba ?

Nous voulons que le port du niqab soit autorisé et qu’il y ait un lieu de prière au sein de la faculté. Nous n’avons jamais remis en question la mixité dans les espaces publics. Le doyen avait promis une mosquée puis s’est rétracté ; il faut qu’il honore son engagement. Le problème est que la faculté est entre les mains de gauchistes, alors que la révolution a montré que nous sommes un peuple dont les valeurs sont issues de l’islam. Il faut revoir la composition des conseils qui dirigent les universités.

Comment êtes-vous organisés ?

Nous sommes un noyau d’une cinquantaine de jeunes musulmans engagés, et nous faisons appel au soutien des étudiants des autres universités.

Quels sont vos rapports avec Ennahdha ?

Nous n’avons pas de rapport particulier avec Ennahdha. Aucun parti politique, même s’il a une légitimité pour gouverner, n’est conforme à la Sunna [tradition du Prophète]. Avec Ennahdha, nous avons en commun le souffle de l’islam.

Votre vision de l’avenir de la Tunisie ?

Nous n’avons pas de projet pour le pays, nous voulons juste que l’université réponde à nos demandes.

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Propos recueillis par Frida Dahmani

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