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Biens mal acquis en Tunisie : « 300 personnes dans le collimateur » de l’avocat Enrico Monfrini

Enrico Monfrini est avocat spécialisé dans les avoirs illicites à l'étranger. © Salvatore di Nolfi/Sipa

Mandaté par la Tunisie pour traquer les biens mal acquis du clan Ben Ali à l'étranger, l'avocat genevois Enrico Monfrini fait face à la lenteur de la justice suisse. Il promet cependant des résultats probants d'ici à deux mois.

L’avocat suisse, 67 ans, a été contacté fin septembre 2011 par le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Mustapha Nabli, pour traquer les biens mal acquis du clan Ben Ali à l’étranger. Depuis, il se heurte au manque de réactivité de la justice. Mais Enrico Monfrini n’en est pas à son coup d’essai. Ancien avocat d’opposants au régime de Sani Abacha, il avait été sollicité en 1999 par les autorités du Nigeria, lesquelles ont récupéré 1,3 milliard d’euros grâce à lui.

Jeune Afrique : Vous êtes mandaté par Tunis pour récupérer les biens mal acquis du clan Ben Ali à l’étranger. Avez-vous avancé ?

Enrico Monfrini : Je suis confronté à la lenteur judiciaire. C’est inadmissible. Je n’ai toujours pas eu accès au dossier. L’affaire est pendante devant le tribunal fédéral suisse. Et si mes adversaires faisaient appel à la Cour suprême, cela nous ferait perdre encore plusieurs mois.

Pourquoi ce blocage ?

C’est une simple question de procédure. Depuis le 1er janvier 2011, la Suisse a une nouvelle procédure pénale fédérale. Or, en novembre, le procureur a fait une erreur d’appréciation : il n’a pas immédiatement donné le statut de partie plaignante à la Tunisie [l’équivalent de la partie civile], alors que le nouveau code le lui imposait. Cette situation a ouvert la porte aux recours de la partie adverse.

Êtes-vous surpris ?

Pas vraiment. Dans toutes les affaires de kleptocratie, c’est toujours la même technique qui est mise en oeuvre, avec l’utilisation des procédés dilatoires les plus infâmes pour retarder une échéance en fait inéluctable.

Quand pensez-vous pouvoir accéder au dossier ?

Je pense que ce scandale inimaginable prendra fin d’ici à deux mois.

Quand Tunis vous a mandaté, vous étiez sur la trace de 200 personnes du clan Ben Ali. Et aujourd’hui ?

J’ai près de 300 personnes dans le collimateur. La presse a relayé le chiffre de 5 milliards d’euros de biens mal acquis à l’étranger pour le clan Ben Ali, mais, très honnêtement, personne n’a d’idée très précise du montant des biens spoliés. Pour ce qui est de la Suisse, mes démarches visent une quarantaine de personnes, et les avoirs bloqués par les autorités sont pour l’instant de 50 millions d’euros. Il y a sans doute beaucoup plus d’argent.

Et encore plus ailleurs ?

La Suisse est une plaque déclinante du blanchiment d’argent, mais c’est encore une plaque tournante vers d’autres paradis fiscaux comme Singapour, Hong Kong ou le Moyen-Orient. Le Liban et les Émirats arabes unis sont les places du moment, mais tout bouge très vite. Les kleptocrates n’ont plus d’endroit dans le monde où ils sont totalement à l’abri.

Que faites-vous au Canada, où réside Belhassen Trabelsi, le beau-frère du président déchu, qui vient de perdre son statut de résident permanent ?

Je suis en contact avec la gendarmerie. Mais je ne peux rien mentionner de plus pour ne pas compromettre le succès de mes opérations en cours.

Et en France ?

Cela n’avance pas très vite, malgré la qualité du juge Roger Le Loire [vice-président du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris], chargé de l’affaire. Il est esseulé, il n’a qu’un seul policier à sa disposition. Toutefois, tout pourrait se débloquer rapidement. Je vais aider activement le juge Le Loire et lui apporter des éléments lui permettant d’identifier des actifs en France. Et il y en a beaucoup. Dans quatre à cinq semaines, vous verrez des résultats tangibles. 

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Propos recueillis par Jean-Michel Meyer.

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