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Femmes de chefs

par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Ce n’est que le fruit du hasard si, en cette semaine du 8 mars, Journée internationale de la femme, Jeune Afrique consacre son « Grand angle » hebdomadaire à ces reines déchues du monde arabe que sont Mmes Ben Ali, Moubarak et Kadhafi – ainsi qu’une partie de sa « Cover story » à leur soeur d’infortune, Mme Gbagbo. Savoir ce que sont devenues ces femmes dans leur exil intérieur ou extérieur et revenir sur leur itinéraire singulier nous a paru d’autant plus judicieux que deux ou trois d’entre elles, en particulier Leïla Ben Ali, la plus prédatrice et néfaste de toutes, ont joué un rôle décisif dans la chute de leurs maris respectifs.

Mais, puisque nous sommes autour du 8 mars, autant éviter les généralités faciles sur les premières dames, lesquelles, après tout, ne sont là où elles sont que par le seul fait du prince. Pour justifiées qu’elles soient parfois, les critiques dont l’opinion et les médias accablent souvent les épouses de chefs d’État africains, démocrates comme autocrates, reposent en effet sur un fond de misogynie et une certaine lâcheté. S’en prendre à cette cible facile revêt un triple avantage : cela diminue les risques en évitant de mettre en cause directement le chef ; cela accrédite la fable confortable du bon vizir et des mauvais courtisans ; et cela permet, sans en avoir l’air, d’humilier de manière plutôt perverse le prince, renvoyé à un statut de domestique de sa propre épouse. Bref, la femme du chef est le chef du chef – l’inverse étant sans objet pour l’instant, puisque l’unique présidente africaine, Ellen Johnson-Sirleaf, se trouve être… célibataire.

Certes, il ne viendrait à l’idée de personne de plaindre « nos » premières dames. Mais il faut reconnaître qu’elles sont autant les victimes que les profiteuses d’un système qui leur échappe. Système économique tout d’abord. Si elles se sont toutes engouffrées dans la niche compassionnelle et ô combien valorisante de l’action caritative et des fondations humanitaires, c’est aussi parce qu’il fallait bien compenser la faillite de l’État social et l’absence de politiques sanitaires et d’éducation dignes de ce nom. Infirmières bling-bling, ces reines mères font du soin palliatif comme M. Jourdain faisait de la prose, en assistant des citoyens qui, faute de droit à la santé, n’ont plus que des souffrances. Système médiatique surtout : on sait comment il peut broyer sa proie après l’avoir portée aux nues. Dernier avatar du genre, Asma al-Assad, épouse de Bachar le Syrien, sorte de Marie-Antoinette en Chanel et Louboutin. Celle qui connaîtra bientôt, peut-être, le même destin que Leïla, Suzanne et Safia était, il y a un an encore, célébrée par Vogue, Paris Match, Elle et ses ex-amis Brad Pitt et Angelina Jolie comme la Lady Diana du Proche-Orient. « Avec une femme aussi moderne, Bachar ne peut pas être totalement mauvais », avait confié Nicolas Sarkozy après avoir reçu, fin 2010, en compagnie de Carla, le couple présidentiel syrien à l’Élysée. Trois mois plus tard, les premiers obus s’abattaient sur Deraa. Comme quoi, la femme du chef peut aussi servir de leurre…

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