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Sénégal : Marième Faye Sall, nouvelle première dame

Contrairement à Viviane Wade, Marième Faye Sall n'a pas parcouru le Sénégal pendant la campagne. © Émilie Régnier, pour J.A.

Avec la victoire de Macky Sall contre Abdoulaye Wade au second tour de la présidentielle, le Sénégal change de président mais aussi de première dame. Et, pour la première fois dans l'histoire du pays, c'est une Sénégalaise "pur jus", Marième Faye Sall, qui occupe le poste. Portrait.

Marième Faye Sall ne lit pas les journaux, mais elle sait que l’ex-« presse du Palais » (pro-Wade) la compare déjà à Simone Gbagbo. Devenue nouvelle première dame du Sénégal, l’épouse de Macky Sall serait une « femme de pouvoir », une pieuse qui pousserait son mari à la radicalité. Les ressemblances physiques entre l’une et l’autre font que le rapprochement est tentant.

Viviane Wade, le meilleur atout de Karim ?

Macky Sall n’était pas encore né quand Viviane Wade, née Vert, en 1932, à Besançon (France), a rencontré Abdoulaye Wade. Elle avait 20 ans. Depuis, elle n’a cessé de le soutenir, dans l’opposition comme au Palais. Les anciens collaborateurs de Wade la décrivent comme une femme de pouvoir qui a pris l’ascendant sur le président sortant. « Comme leurs deux enfants – leur fils, Karim, et leur fille, Sindiély -, elle joue un rôle important », indique un ancien ami de la famille. « Viviane est une femme discrète et simple », poursuit-il. Avec son association Éducation Santé, créée en 2000 après la victoire d’Abdoulaye, elle s’est fait adopter par les Sénégalais. « Mais le pouvoir l’a changée. Elle a perdu le sens des réalités. C’est elle qui soutient depuis le début l’ascension de Karim. »

Cette influence se limite à la sphère privée – ce qui n’est pas rien, après quarante-neuf années de mariage. Au Palais, elle ne joue pas à la vice-présidente. Certes, elle a parcouru le pays avec son mari ces dernières semaines. Lors des meetings, elle était au premier rang. « Mais elle ne participe à aucune de nos réunions », assure un membre de l’équipe de campagne. En 2007, elle avait parcouru le pays en long et en large. À l’époque, les femmes des ministres lui avaient proposé de l’aider dans sa mission, mais elle avait refusé. À leur tête, une certaine Marième Faye Sall. Macky Sall était alors le directeur de campagne de Wade, et les deux femmes, qui se vouent encore aujourd’hui un respect mutuel, étaient amies.

Celui entre Viviane Wade, l’épouse du président sortant, et Dominique Ouattara l’est aussi. Toutes deux sont françaises, blanches, blondes, et on leur prête des amitiés dans certains milieux d’affaires franco-africains. Mais le Sénégal n’est pas la Côte d’Ivoire

Contrairement à sa réputation, Marième Faye Sall, la quarantaine (elle refuse de donner son âge), n’a que peu de prise sur son mari. Du moins en politique. Selon un ami du couple, « c’est une femme au foyer dévouée. Elle ne s’écrase pas à la maison, mais ne joue pas non plus les intruses en dehors ». Lorsqu’elle a rencontré Macky en 1992, à Diourbel, cette Sérère née à Saint-Louis n’était qu’une lycéenne. Trois ans plus tard, enceinte, elle laisse tomber ses études pour se consacrer à sa famille.

Certes, elle a, selon ses proches, « un caractère bien trempé » et « n’hésite pas à se dresser quand elle flaire les mauvais coups ». Lorsque son mari était Premier ministre, de 2004 à 2007, elle n’a pas laissé que de bons souvenirs – elle avait la réputation de faire et défaire les carrières. Mais elle a retenu la leçon, affirme son entourage. Aujourd’hui, elle reste à bonne distance de la politique. Jamais elle n’a participé à une réunion de l’Alliance pour la République (APR), le parti créé par Sall en 2008, pas plus qu’elle ne s’est impliquée dans la campagne électorale. « Elle est très proche de son mari, mais n’a aucun pouvoir sur lui, résume un ami. Ils discutent comme un couple peut le faire, mais il ne la suit pas toujours. » C’est un détail pour elle, mais, après l’élection de son époux le 25 mars, au second tour de la présidentielle, elle est désormais la première Sénégalaise « pur jus » à prendre les clés du Palais. La femme de Senghor était une Française, celle de Diouf une métisse, celle de Wade est, elle aussi, française (voir encadré).

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