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Guinée : Mohamed Saïd Fofana, un Premier ministre très discret

L'économiste soussou est un habitué des ministères, même s'il n'en a jamais dirigé un seul. © Vincent Fournier/J.A.

Inconnu du grand public jusqu'à sa nomination en décembre 2010, le premier ministre guinéen Mohamed Saïd Fofana préfère rester discret. Il a cependant réussi à s'imposer dans le système Condé.

Discret, pieux et travailleur. Mohamed Saïd Fofana, 60 ans, n’est pas un Premier ministre qui déchaîne les foules ou exacerbe les passions. De nombreux Guinéens le croiseraient dans la rue sans même le reconnaître. Il marche en homme sage dans l’ombre du patron, Alpha Condé, sans chercher à se faire remarquer par ses concitoyens. Ce haut fonctionnaire n’a pas non plus sa carte du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). « Seul Alpha sait pourquoi il l’a nommé », confie un cadre du parti.

Les raisons du choix de cet économiste soussou, natif de Forécariah (sud-ouest de la Guinée maritime), sont pourtant nombreuses. À commencer par son expérience et sa compétence. S’il n’a jamais été en charge d’un portefeuille, Fofana est un habitué des ministères. Sa première expérience remonte à 1977. Jeune diplômé de l’Institut polytechnique Gamal-Abdel-Nasser de Conakry, il entre alors au ministère du Plan, après une formation au Centre démographique ONU-Roumanie (Cedor). En 1984, il intègre le ministère du Commerce et devient directeur de la promotion des échanges. Un milieu qu’il connaît bien. Pendant sept ans, de 1985 à 2002, il a été secrétaire général de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Guinée et, entre autres, président du Comité national chargé des négociations commerciales internationales (notamment avec l’Organisation mondiale du commerce et l’Union européenne) et des accords de partenariat économique (APE).

Méditation

Entre le président et son Premier ministre, le courant passe très bien. Alpha Condé ne voulait pas d’un chef de gouvernement trop ambitieux – une autre raison de son choix – et hypermédiatisé, qui se poserait en successeur potentiel. Il ne voulait pas non plus d’un homme politiquement marqué, qui serait plus porté sur des calculs politiciens que sur la mise en oeuvre de ses décisions. On peut dire qu’il a trouvé son homme. Fofana est certainement le Premier ministre le plus discret que la Guinée ait connu.

Une discrétion et un apparent effacement qu’il tient aussi de ses convictions religieuses. Issu d’une famille de musulmans pieux, père de cinq enfants, « il prend ses décisions à l’aune des principes islamiques, indique Madi Yattara, conseiller en communication à la primature. Il n’impose jamais une idée, mais amène son interlocuteur à l’accepter, en adoptant une démarche pédagogique basée sur la foi musulmane. Les gens le respectent pour cela ». Comme la religion tient une place importante dans sa vie, le chef du gouvernement a dans son bureau un tapis de prière sur lequel, chaque jour, il s’accorde quelques moments de méditation.

Les rôles sont bien répartis : la scène internationale à Condé, la scène nationale à Fofana.

Fofana, c’est aussi le travail acharné. Il quitte sa résidence de la périphérie de Conakry au plus tard à 7 heures et, le plus souvent, juste après avoir effectué sa première prière du jour, à 5 heures du matin. Le Premier ministre passe ses journées entre étude de dossiers, réunions techniques avec des ministres et des directeurs généraux, audiences avec des hommes d’affaires ou des diplomates et, surtout, arbitrage de différends entre ministres – les conflits de compétences étant relativement nombreux au sein de son gouvernement de trente-sept membres.

Incontournable

Au fil des mois, Mohamed Saïd Fofana a réussi à s’imposer dans le système Condé. C’est donc vers lui que se tournent les ministres pour faire avancer un dossier auprès du président, qui a la fâcheuse habitude de vouloir tout contrôler. « Très souvent, presque toujours en fait, confie un proche de Condé, le chef de l’État demande aux ministres qui viennent le saisir d’un dossier : "Est-ce que le Premier ministre est au courant ?" Les ministres ont compris le message, la première chose qu’ils font désormais est de chercher à obtenir l’avis et le soutien du Premier ministre, sur chaque dossier. »

De fait, le chef de l’État et le Premier ministre se sont réparti les rôles. La scène internationale à Condé, la scène nationale à Fofana. Celui-ci n’a quitté le pays que deux fois depuis sa nomination, le 24 décembre 2010, pour des missions éclairs de quelques heures. En revanche, presque chaque week-end, il est en déplacement à l’intérieur du pays, où il tient à expliquer en personne la politique du gouvernement. Sur le terrain, régulièrement, cadres et militants de base du RPG viennent le courtiser afin qu’il prenne sa carte du parti présidentiel. Il n’est pas exclu qu’il le fasse. Mais, pour l’heure, la priorité de Mohamed Saïd Fofana est tout autre. Ce qu’il veut, c’est conduire le pays au point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

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