Guinée-Bissau : Carlos Gomes Junior, presque président et déjà contesté

Cadogo durant la campagne, le 16 mars, dans la capitale. © Stringer/Reuters

L'ancien chef du gouvernement bissau-guinéen, Carlos Gomes Junior, est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle du 18 mars. Mais il doit faire face à la contestation de l'opposition, ainsi qu'à la défiance de son propre parti et à celle de la communauté internationale.

Depuis que les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ont été rendus publics, le 21 mars, il ne fait guère de doute que Carlos Gomes Junior, 62 ans, sera le prochain président bissau-guinéen. Arrivé largement en tête d’un scrutin validé par les observateurs internationaux mais contesté par cinq des neuf candidats, celui que tout le monde appelle Cadogo dispose d’une avance confortable sur son principal opposant, l’ancien président Kumba Yala (48,97 % des suffrages contre 23,36 %, selon la Commission nationale des élections). Dans l’hypothèse où ce dernier accepterait de participer au second tour, prévu le 22 ou le 29 avril – ce qui est loin d’être écrit -, le sacre aura donc lieu dans un mois.

Endosser le costume de président de la République de Guinée-Bissau est une lourde tâche qui nécessite une forte croyance en sa bonne étoile. Depuis l’avènement du multipartisme, au milieu des années 1990, aucun des présidents élus n’est parvenu à la fin de son mandat. Le dernier en date, Malam Bacai Sanhá, est décédé à Paris le 9 janvier des suites d’une longue maladie. Mais Cadogo présente l’assurance des « biens nés ». Fils d’un riche commerçant, il est devenu millionnaire au fil de nominations bienvenues et d’acquisitions biens senties. Après des études au Portugal et au Canada, Gomes Junior n’a pas encore 31 ans lorsque le président Nino Vieira le nomme à la tête de la société publique de distribution de produits pétroliers. Dix ans plus tard, il monte sa propre société, Petromar (hégémonique encore aujourd’hui), puis diversifie ses activités dans l’alimentaire et l’immobilier.

Depuis les années 1990, pas un chef d’Etat élu à Bissau n’est parvu au terme de son mandat

La rumeur le présente comme l’homme le plus riche du pays. C’est invérifiable, mais sa fortune est bien réelle. Elle lui a d’ailleurs permis de prendre le pouvoir au sein du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qu’il préside depuis 2002. Au début des années 2000, le parti fondé par le père de l’indépendance, Amílcar Cabral, était exsangue. « Le PAIGC était dans l’opposition, indique un fin connaisseur du pays. Cadogo a payé sa prise de pouvoir. » Aujourd’hui encore, il use de sa fortune pour garder les rênes d’un parti puissant mais miné par les divisions.

Hégémonie

Cadogo a eu beau porter, tout au long de la campagne électorale, le célèbre bonnet de laine que ne quittait jamais Cabral, il ne s’est jamais fait accepter par les héritiers du héros national. Après s’être rangées du côté de Sanhá en 2009, les vieilles figures du parti lui ont préféré cette année un dissident du PAIGC : Manuel Serifo Nhamadjo (15,75 %). Les « puristes » ne pardonneront certainement jamais à Cadogo sa filiation – son père, un métis, collaborait avec le régime colonial – et rappellent souvent que, pendant que des Bissau-Guinéens se battaient contre l’impérialisme portugais, lui suivait un confortable cursus universitaire chez l’ennemi. Ses opposants l’accusent même de recevoir « ses instructions » de Lisbonne.

En réalité, c’est de Luanda que Cadogo est le plus proche. « Ce n’est pas un pion de l’Angola, mais un fidèle allié », note Vincent Foucher, chercheur à International Crisis Group. Dans un rapport publié en janvier, ce centre d’analyse s’interrogeait sur « l’irrésistible hégémonie de Carlos Gomes Junior ». C’était une question qui avait valeur d’affirmation. Outre ses liens avec l’Angola, Cadogo a en effet accentué sa mainmise sur le PAIGC et dispose du soutien appuyé du chef d’état-major, Antonio Indjai.

Quant aux bailleurs de fonds, ils louent la stabilité politique qu’il a su préserver avec la complicité de Sanhá, dont il a été le Premier ministre depuis 2009, ses bons résultats économiques (une croissance de + 4,3 % en 2011) et les réformes qu’il a engagées, notamment dans l’armée. Une source diplomatique reconnaît cependant que les chancelleries étrangères sont de plus en plus sensibles aux arguments de l’opposition. Celle-ci dénonce l’impunité qui règne dans le pays et accuse, sans apporter de preuves, Cadogo et ses alliés de tremper dans le trafic de drogue.