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Gaza, la cocotte-minute

par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Ils étaient cinq coiffeurs de Gaza – trois femmes et deux barbiers -, tous réputés pour leur agilité à manier les ciseaux. Cinq figaros qui voulaient se rendre cette semaine à Tulkarem, en Cisjordanie, où se tient un concours de printemps consacré à la beauté palestinienne. On peut s’entasser à quatre mille par kilomètre carré dans un camp à ciel ouvert et avoir des rêves de capilliculteur. Ils étaient sept étudiants en informatique vivant dans la même enclave, tous experts du clavier et de la souris, sept Steve Jobs en herbe qui voulaient se rendre la semaine dernière à l’université Al-Qods de Jérusalem, où se tenait une compétition organisée par Microsoft. On peut survivre sous l’embargo et de temps à autre sous les bombes, et avoir des rêves de Silicon Valley. Seulement voilà : pour accéder au Graal, il faut traverser une partie du territoire israélien, ce qui pour les Gazaouis est aussi aisé que de poser le pied sur la Lune. Rendus au poste-frontière d’Erez, coiffeurs et étudiants ont été promptement priés de faire demi-tour avec leurs espoirs de médailles. Motif : seuls les « cas humanitaires exceptionnels » sont autorisés à fouler la terre du peuple juif.

Des scènes de ce type n’intéressent ni n’émeuvent personne, tant elles sont quotidiennes aux frontières de ce territoire bouclé depuis près de sept ans par l’armée israélienne. Le taux de frustration, de haine, de violence engendré par cette spirale infernale y est devenu incalculable et ingérable. Gaza est une cocotte-minute, la matrice idéologique de tous les terroristes et l’exutoire commode d’une stratégie paranoïaque qui se nourrit du ressentiment qu’elle suscite. On ne compte plus les rapports d’ONG ou d’organisations spécialisées des Nations unies, les commissions d’enquête indépendantes, les témoignages d’observateurs ou de diplomates dénonçant la politique de l’État hébreu tant vis-à-vis de Gaza que des colonies de peuplement, ouvertement encouragées par la quasi-totalité des Premiers ministres israéliens. Une bibliothèque entière n’y suffirait pas, qui mériterait pourtant que les robes noires du tribunal de La Haye s’y arrêtent, ne serait-ce qu’un instant.

Mais Israël, qui n’est pas signataire du traité instaurant la Cour pénale internationale (CPI), n’en a cure. Mieux : le 26 mars, le gouvernement Netanyahou a décidé de rompre tout contact avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, ce dernier ayant eu l’insolence de prétendre enquêter sur les conséquences de la colonisation en Cisjordanie. « Vous ne devez plus répondre à aucun membre de ce conseil, pas même au téléphone », a martelé le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, tsar de l’extrême droite ultrasioniste, avocat d’un État « ethniquement homogène » et auteur récent de cet aphorisme définitif : « Israël est le pays le plus moral au monde. » Ce faisant, Israël rejoint le club fermé et éminemment « moral » des États ayant, comme lui, claqué la porte du conseil de Genève : Iran, Syrie, Russie, Chine, Sri Lanka… Mais Israël s’en moque. Pas plus que le refoulement des coiffeurs et des informaticiens de Gaza son refus n’aura de conséquence. Car Israël, on le sait depuis soixante-quatre ans, est exceptionnel. 

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