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Allemagne – Cameroun : David Mola, sous le soleil exactement

Pour l'ingénieur, avec le soleil dont elle dispose, l'Afrique pourrait exporter son énergie. © Vincent Fournier pour J.A.

Installé en Allemagne, David Mola, ingénieur camerounais, a monté une entreprise spécialisée dans l'énergie solaire.

Arrivé d’Allemagne un matin d’hiver, David Mola attend à la table d’un restaurant parisien le ministre français en charge de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique, Éric Besson. Crise de l’euro, énergie solaire, électrification de l’Afrique… Dans un français à l’accent germanique, il passe d’un sujet à l’autre avec l’agilité qui caractérise les touche-à-tout qui ont réussi à partir de rien.

Cet ingénieur camerounais de 41 ans a lancé son entreprise en 2003 avec un capital initial de 30 000 euros et a réalisé un chiffre d’affaires de 60 000 euros au cours de cette année inaugurale. Ce n’était qu’un début. En trois années d’activité, la petite affaire spécialisée dans les énergies renouvelables est passée à 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et a embauché 12 personnes. En 2010, il employait 140 salariés, pour 60 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Une belle réussite pour ce jeune homme né à Djondong, un village perdu de la région des savanes de l’Extrême-Nord, au Cameroun. Dans cette étendue aride, on est agriculteur de père en fils, question de survie. Peu d’enfants vont à l’école. Lui obtient pourtant un baccalauréat scientifique en 1990 et, dans la foulée, une bourse pour aller étudier le génie civil dans une université technique en Allemagne. Une fois ses études terminées, il envisage de rentrer au pays afin d’y construire des routes pour le compte de l’État camerounais, qui a financé sa formation. Mais, frappée par la crise économique, la fonction publique a gelé les recrutements. « On m’a prévenu qu’il n’y aurait pas de poste disponible pour moi et que je devais chercher un emploi dans le secteur privé », se souvient-il. Il décide alors de s’installer en Rhénanie-du-Nord et travaille, de 1999 à 2003, pour le constructeur d’engins miniers Neiweiser, où il officie comme directeur de projets.

En juin 2003, il se met à son compte en créant la société MSI Mola Solaire International GmbH, spécialisée dans la fabrication d’installations solaires connectées au réseau, le montage de systèmes solaires autonomes et de systèmes hybrides, la fabrication des composants photovoltaïques et même la conception d’appareils domestiques (réfrigérateurs, lampes, pompes solaires)… Embrassant toute la filière, la société s’est également diversifiée dans l’éolien, les installations hydrauliques, la biomasse…

En 2008, il franchit un nouveau palier en investissant 50 millions d’euros dans la création d’une seconde société, Mola Solaire Produktions GmbH, destinée à approvisionner la clientèle industrielle en lingots de silicium, un élément chimique entrant à 94 % dans la fabrication des cellules photovoltaïques. Il n’arrête plus de voyager, à la conquête de nouveaux marchés. Il rêve aussi de contribuer au développement de l’Afrique en lui apportant cette énergie dont la pénurie entrave la croissance. « Je suis convaincu de la capacité des Africains à électrifier les moindres recoins, les villages les plus isolés du continent grâce aux énergies renouvelables, s’enthousiasme-t-il. Avec tout le soleil dont elle dispose, l’Afrique pourrait même exporter ses excédents vers les continents voisins. »

Quand survient l’orage de la crise financière, l’entreprenant Mola s’adapte et réduit la voilure. S’imposant des politiques d’austérité, la plupart des pays développés ont supprimé les avantages accordés aux entreprises du secteur des énergies renouvelables. En 2010, il a dû fusionner ses deux sociétés en une seule, Mola Solar System GmbH (MSS), et réduire son personnel. La thérapie de choc est salutaire. « Nous avons grandi trop vite », regrette-t-il aujourd’hui.

Attaché à l’Allemagne, son coeur bat toujours pour le continent africain, où un projet doit prendre forme, au Mali. MSS devrait y construire des centrales solaires d’une puissance totale de 200 mégawatts (MW). Si la situation politique n’en décide pas autrement, le chantier pilote de 50 MW, dont les travaux devraient commencer en 2012 dans la ville de Fana (non loin de Bamako), sera la première centrale d’un parc qui en comptera 12. Elles seront réalisées sur trois ans, pour un coût global de 243 milliards de F CFA (370 millions d’euros). Un contrat permettra de vendre l’énergie produite à la société malienne de distribution d’électricité. Le projet devrait aboutir à la création de près de 200 emplois.

En Mauritanie, David Mola projette de développer une centrale de 64 MW. « On est encore dans la phase de négociation pour signer le contrat de concession et le contrat d’achat. Ce projet pourrait également démarrer en 2012. » Pas peu fier de revenir contribuer au développement du continent, l’entrepreneur formule tout de même le voeu que les pays du continent facilitent davantage les investissements avec une législation incitative et une bureaucratie allégée. Les projets y avanceraient plus vite… 

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