Mahamadou Issoufou, ou le retour du Niger sur la scène politique internationale

Mahamadou Issoufou le 14 mars 2011, deux jours après son élection. © AFp

Au bras de fer avec les Occidentaux qu'affectionnait son prédécesseur, le président nigérien Mahamadou Issoufou préfère le dialogue.

Modeste, cultivé, disponible pour répondre aux médias internationaux… L’image que Mahamadou Issoufou offre à l’étranger est en décalage avec le surnom que lui ont donné ses compatriotes : Zaki, « le lion » en haoussa. Un apparent paradoxe que le président nigérien dissipe d’une formule : ce qui compte, c’est « la force des arguments, pas les arguments de la force ».

Le chef de l’État, 60 ans, est réputé intransigeant sur la scène politique nationale. Succédant à trois militaires – Ibrahim Baré Maïnassara, Mamadou Tandja et Salou Djibo -, il est le premier civil à présider aux destinées du Niger depuis Mahamane Ousmane (1993-1996).

Mathématicien de formation, ingénieur, il a été directeur national des Mines, de 1980 à 1985, avant d’intégrer la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), dont il a été le secrétaire général. Il démissionne en 1991 pour se consacrer au parti qu’il a fondé quelques mois auparavant avec d’anciens compagnons, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), sous la bannière rose duquel il a été élu à la magistrature suprême, le 12 mars 2011. C’était sa cinquième candidature depuis 1993.

Premier Cercle

Au bureau à 7 h 30 chaque matin (une demi-heure avant l’horaire officiel de l’administration), il reçoit pendant une heure ses principaux conseillers, avant de passer à la correspondance puis aux audiences. « Il lit énormément la presse lui-même, et pas seulement les notes que lui transmettent ses services », ajoute un familier du Palais. Il délègue peu. En tout cas, rares sont les décisions qui ne passent pas par lui et son premier cercle de collaborateurs. Celui-ci est composé quasi exclusivement de fidèles du PNDS-Tarayya, parmi lesquels son directeur de cabinet, Hassoumi Massaoudou, son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, et son ministre du Pétrole et de l’Énergie, Foumakoye Gado.

Ce qui compte selon lui, c’est "la force des arguments, pas les arguments de la force".

Internationale socialiste

Très respectueux des procédures et profondément démocrate, le chef de l’État nigérien est parfois trahi par sa bonne foi. Comme lorsqu’il a reconnu devant l’ex-ambassadrice américaine Bernadette Allen, médusée par sa « franchise », s’être « fait rouler » par l’ancien président Mamadou Tandja lorsque celui-ci lui avait assuré qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, selon un câble diplomatique de juillet 2009 dévoilé par WikiLeaks. À la différence de Tandja, Issoufou pense aider davantage son pays en restaurant sa crédibilité internationale sur les plans politique et économique, en communiquant sur ses points de vue, ses stratégies, ses atouts et ses besoins – ce à quoi il s’emploie en voyageant fréquemment -, plutôt qu’en se livrant à des bras de fer avec les Occidentaux. Les passes d’armes de Tandja avec Paris sur la question de l’uranium « n’étaient que de la propagande destinée à préparer les esprits à la violation de la Constitution », persifle-t-on dans l’entourage du nouveau président.

Engagé dans une politique de réformes profondes et de projets à long terme, accordant une grande place à la planification rationnelle, Mahamadou Issoufou, en bon socialiste – il est vice-président de l’Internationale -, veille cependant à garder une marge de manoeuvre financière pour améliorer le quotidien des plus modestes (électrification des campagnes, baisse des prix des produits et services de première nécessité…).

Il s’efforce aussi de conserver les liens directs qu’il a tissés avec ses concitoyens lors des nombreux déplacements sur le terrain qu’il effectuait lorsqu’il était dans l’opposition, déplacements au cours desquels, assurent ses conseillers, il aurait visité plus de la moitié des 10 000 villages du pays.