L’avant-garde nègre – XIXe siècle : Rafael Padilla

Rafael Padilla, célèbre cloon connu sous le nom de Chocolat. © D.R

Au XIXe siècle, Rafael Padilla(1866 ou 1868-1917), surnommé "Chocolat" était un célèbre clown noir en France.

« Être chocolat : être déçu, dupé ou bredouille », explique le dictionnaire Larousse (2008). Mais qui sait qu’un homme est à l’origine de cette expression ? Pas grand monde. Chocolat était en effet le nom de scène de Rafael Padilla, célèbre clown noir dont les frasques et les danses faisaient hurler de rire le public français à la fin du XIXe siècle.

« Rafael, le minstrel des pantomimes nautiques du Nouveau Cirque, le clown peint par Toulouse-Lautrec, filmé par les frères Lumière, considéré à la Belle Époque comme une "institution nationale", n’a pas sa place aujourd’hui dans la mémoire collective de la République française », écrit l’historien Gérard Noiriel dans Chocolat clown nègre (Bayard). « Il suffit de consulter le portail des collections des musées de France pour constater que parmi les centaines d’affiches, de tableaux et de dessins représentant des clowns, aucun ne rappelle le rôle qu’a joué le premier artiste noir de la scène française. » Au terme de recherches minutieuses, Noiriel s’est efforcé de rendre à Chocolat ce qui appartient à Chocolat, une vie d’artiste à la fois sublime et misérable.

Cet homme né à La Havane entre 1866 et 1868 fut d’abord vendu comme esclave à un marchand portugais, traversa l’Atlantique pour rejoindre Bilbao, devint garçon de ferme, groom, mineur, avant d’être engagé en 1885 par le clown Tony Grice et emmené en tournée à travers l’Europe… Il connut le succès dès 1888 avec la pantomime La Noce de Chocolat, puis forma un duo très applaudi avec le clown George Foottit.

L’histoire ne se souvient que du pitre blanc, et pas de son faire-valoir et souffre-douleur noir. Avec rigueur, Gérard Noiriel restitue l’ambiance de l’époque, la perception des artistes noirs, explique le succès de Chocolat, mais aussi ses vaines tentatives pour rebondir, son implication auprès des enfants malades et son décès, en 1917. Une lecture indispensable pour corriger, enfin, un injuste oubli.