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P*** de famine !

par Tiken Jah Fakoly et Vincent Cassel

Vincent Cassel et Tiken Jah Fakoly veulent un pacte pour la sécurité alimentaire. © Cordoba/Alf/Target press/Sipa/Sadaka Edmond

Le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly et l'acteur français Vincent Cassel unissent leurs voix pour dénoncer la famine au Sahel.

Des images que l’on pensait appartenir à un autre temps ont envahi nos écrans de télévision il y a quelques mois : des enfants rachitiques, aux joues creusées et au ventre gonflé, mourant dans les bras de leur mère dans le camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya. Ces mêmes images insoutenables risquent de refaire très bientôt l’actualité, avec une nouvelle famine menaçant cette fois la région du Sahel. Si le public se détourne désormais de ces reportages, las, désabusé, la faim continue pourtant de constituer le quotidien de centaines de millions de personnes. Et au-delà de la faim, la malnutrition continue de faire des ravages.

Faute d’une alimentation suffisante ou de qualité, 178 millions d’enfants en bas âge vont devenir rachitiques en cette seule année 2012. Et ce retard de croissance irréversible affectera durablement leur avenir, leur capacité à aller à l’école, à s’instruire et à bâtir une vie meilleure. La Banque mondiale estime même que la sous-alimentation peut faire chuter le produit intérieur brut d’un pays de 2 % à 3 %.

En Afrique, rien qu’en 2012, 178 millions d’enfants en bas âge vont devenir rachitiques.

Trente ans après la terrible famine qui a ravagé l’Éthiopie et secoué la communauté internationale, on sait aujourd’hui ce qu’il faut faire pour briser ce cycle de l’extrême pauvreté à l’origine de la faim et de la malnutrition. On sait ce qu’il faut faire pour augmenter la production alimentaire et nourrir les 9 milliards d’habitants que notre planète comptera en 2050 : investir dans l’agriculture. Dans de nombreuses régions du monde, d’immenses progrès ont déjà été réalisés. La révolution verte de la seconde partie du siècle dernier s’est accompagnée d’une augmentation considérable des ­rendements agricoles, soutenues par des investissements publics massifs.

Mais, si de nombreux pays d’Asie et d’Amérique latine ont prospéré, l’agriculture en Afrique n’a pas bénéficié d’autant d’efforts et d’investissements. L’aide internationale consacrée aux investissements agricoles au sud du Sahara a chuté de 72 % entre 1988 et 2003.

Les gouvernements africains ont, eux aussi, trop peu investi dans le secteur agricole et le soutien aux petits agriculteurs. Le montant total des dépenses nationales dans le secteur agricole en Afrique est resté stable – à 3 milliards d’euros en 1980 comme en 1990 -, alors qu’en Asie ces dépenses, qui dépassaient déjà les 52 milliards d’euros en 1980, ont atteint 75 milliards d’euros en 1990.

Les choses commencent heureusement à changer. Depuis 2003, l’aide dévolue au secteur agricole en Afrique est en augmentation. On reconnaît aujourd’hui de plus en plus la nécessité de relever les niveaux de l’aide et de mettre en place un soutien public suffisant pour générer des innovations et des expériences-pilotes, à l’échelon local et régional, pour identifier les solutions les mieux adaptées aux différentes régions du continent.

L’organisation non gouvernementale ONE a identifié 30 pays à faibles revenus ayant mis en place des plans d’investissement dans l’agriculture approuvés à l’échelon international. Ensemble, ces pays représentent un quart du total de 1,4 milliard de personnes vivant dans une pauvreté extrême et 90 % des habitants les plus pauvres d’Afrique subsaharienne. Dix-sept de ces 30 pays ont également rejoint le mouvement SUN (Scaling Up Nutrition, « Améliorer la nutrition »), qui vise à soutenir les programmes nationaux de lutte contre la sous-alimentation. Ce mouvement rassemble un large éventail d’acteurs – gouvernements, société civile, secteur privé, instituts de recherche et Nations unies – pour s’assurer de la disponibilité des ressources financières et techniques nécessaires.

Si ces plans peuvent être mis en oeuvre d’ici à 2015, 50 millions de personnes sortiront de l’extrême pauvreté et 15 millions d’enfants ne souffriront plus de malnutrition. Mais il manque 20 milliards d’euros d’ici à 2015 pour y parvenir. Changer les choses dans ces 30 pays exigera des investissements soutenus et une réelle volonté politique. Les dirigeants du monde entier doivent adopter un nouveau pacte pour la sécurité alimentaire et la nutrition en 2012. L’adoption d’un tel pacte et son rapide déploiement contribueront à mettre fin au cercle de la pauvreté et de la faim.

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Vincent Cassel et Tiken Jah Fakoly ont participé à la campagne de ONE pour dénoncer la famine dans la Corne de l’Afrique et au clip P*** de famine : l’obscénité n’est pas là où on le croit (ci-dessous).

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