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"Cet article est issu du dossier" «Pointe-Noire : identités plurielles»

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Pointe-Noire – Énergie : que la lumière soit… ou presque

Les travaux électrique ciblent le centre-ville les zones industrielles et résidentielles. © Baudoin Mouanda pour JA

La Centrale électrique du Congo, au sud de la capitale économique, est opérationnelle depuis quelques mois. Pourtant, les délestages continuent. À qui la faute ?

Le 23 décembre dernier, le chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, présidait à la mise en service officielle de la centrale thermoélectrique à gaz de Côte-Matève, dans le 3e arrondissement de Pointe-Noire (15 km au sud du centre-ville). Doté de deux turbines d’une puissance de 150 MW chacune, l’ouvrage, dont la puissance peut être poussée jusqu’à 400 MW en cas de besoin, utilise le gaz auparavant brûlé en torchère. Il a été réalisé par la Centrale électrique du Congo (CEC), une société créée en novembre 2008, dont le capital est détenu à 80 % par l’État congolais et à 20 % par Eni-Congo, la filiale de la major pétrolière italienne Eni.

Pour les Ponténégrins, le lancement solennel de la centrale équivalait à la fin d’un cauchemar. Pourtant, quelques mois plus tard, pratiquement rien n’a changé. Les délestages restent d’actualité. « Quand ils ont lâché l’électricité sur la ville, tout a pété parce qu’ils n’avaient pas rénové les installations », maugrée un chauffeur quinquagénaire. Une affirmation qui fait rire aux éclats Max Balenda, directeur technique de la CEC sur le site de Côte-Matève : « Rien de tel ne s’est produit, parce que c’est impossible. Le problème se situe au niveau des réseaux de transport et de distribution, qui sont très vétustes, précise-t-il. Les travaux de rénovation et le renforcement de ces réseaux sont toujours en cours et, en attendant qu’ils soient terminés, les délestages continuent.

La question ne se pose pas du tout en termes de production. Celle-ci est plus que suffisante, car les besoins de Pointe-Noire ne dépassent pas les 80 MW », conclut l’ingénieur. Il est même probable que, grâce à ce nouveau site, la CEC fournisse quelque 100 MW à Kinshasa, très demandeur, le complexe hydroélectrique d’Inga ne parvenant pas à fournir la capitale de la RD Congo. Produire de l’électricité n’est donc pas un problème. C’est la capacité de distribution locale qui ne suit pas… un problème qui n’a pas été anticipé.

Pour le moment, la priorité de la CEC n’est pas le grand public. « Dans la phase actuelle, priorité est donnée au centre-ville, qui est le coeur de la consommation, ainsi qu’aux zones industrielles et résidentielles de Pointe-Noire. D’ici à 2013, nous espérons satisfaire pleinement les autres usagers, qui déplorent des délestages et des baisses de tension régulières, et nous sommes déterminés à tout faire pour y parvenir. Mais la fabrication de nouveaux transformateurs prend du temps », explique Émile Tchakala Kissengou, chargé de la direction commerciale et des approvisionnements à la CEC.

Branchements sauvages

Le problème de la qualité de la distribution d’électricité à Pointe-Noire est complexe. Célestin Koumba, directeur départemental au ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique, le résume en une phrase sibylline : « Ici, comme ailleurs sur le continent, l’offre précède la demande. » On comprend mieux l’ampleur du chantier lorsqu’il évoque les branchements sauvages dans les quartiers non viabilisés et l’utilisation de matériels non conformes depuis que la Société nationale d’électricité (SNE) ne fournit plus d’équipements aux normes – « certains utilisent même des câbles téléphoniques pour se brancher ! » s’exclame Koumba. Au final, c’est un bazar indescriptible. L’amélioration du service passera donc aussi par un changement du comportement des consommateurs.

Effectivement, compte tenu de l’extrême vétusté de l’ancien réseau, ainsi que des surcharges supportées par les câbles et les transformateurs, toute l’énergie produite pour la ville ne peut être distribuée. Sur les 57 postes à mettre en service, seuls six sont opérationnels et ne connaissent « aucun problème de qualité », indique Célestin Koumba, avant de préciser que, à terme, « l’ambition du ministère est d’en construire 300 de plus ». De quoi, enfin, prendre les devants.

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