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"Cet article est issu du dossier" «Pointe-Noire : identités plurielles»

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Pointe-Noire : le panier de la ménagère à portée de main

La ferme piscicole va produire 15 tonnes de poissons par an. © Muriel Devey

BPH Agricole produit légumes frais, maïs et poisson pour le marché local. Et va bientôt exporter de l'huile essentielle d'eucalyptus. Le tout en respectant l'environnement.

L’important déficit agricole, qui contraint le Congo à importer pour près de 100 milliards de F CFA (152,5 millions d’euros) de produits alimentaires chaque année, et la présence du grand pôle de consommation qu’est Pointe-Noire ont convaincu Philippe Bounzéki, un ancien cadre du secteur pétrolier, de se reconvertir dans l’agriculture et la pisciculture en 2005. C’est à une trentaine de kilomètres de la ville portuaire, dans la sous-préfecture de Hinda, que le quinquagénaire a installé sa PME, BPH Agricole Congo. Sur les 150 hectares que compte le domaine, 20 sont consacrés aux activités maraîchères, qui produisent chaque mois quelque 4 tonnes de légumes frais (tomates, concombres, piments, aubergines…) vendus à des grossistes et, surtout, à des commerçants du Grand Marché de Pointe-Noire.

L’autre filière agricole, lancée en 2008 sur 20 ha, est la production de maïs en grains, avec un rendement de 6 t/ha. « Il est principalement destiné à l’alimentation du bétail, explique Philippe Bounzéki. La demande est très forte, car le petit élevage s’est beaucoup développé autour de Pointe-Noire. »

Avec une trentaine d’employés, l’exploitation est l’une des grandes unités de la région.

Activité phare de BPH Agricole, la pisciculture occupe quant à elle 2,5 ha sous eau, avec un rendement annuel d’environ 15 t de poissons d’eau douce (des tilapias, sortes de carpes, et des clarias, poissons-chats). Pas de difficulté pour écouler la production auprès des poissonneries de Pointe-Noire et des commerçants du Grand Marché : la demande monte en flèche. D’ici à 2015, le gentleman-farmer entend d’ailleurs aménager de nouveaux étangs pour atteindre une production de 100 à 200 t par an. Le projet prévoit l’implantation d’une écloserie d’une capacité de 2 millions d’alevins de clarias, une espèce qui se reproduit difficilement.

S’il a dû abandonner non sans regret la culture du palmier à huile qu’il avait lancée en 2008, en raison des dégâts occasionnés par un petit rongeur qui sévit dans la région, Philippe Bounzéki s’est en revanche sérieusement plongé dans celle de l’eucalyptus citronné afin de produire de l’huile essentielle brute pour l’exportation, un marché porteur et rémunérateur. La surface plantée sera de 20 ha. La phase de plantation est quasi terminée. Pour ce projet, qui fera de BPH le premier producteur d’huile essentielle du pays, l’entreprise a obtenu des plants et la mise à disposition de techniciens du Service national de reboisement. Reste à investir dans une machine d’extraction d’huile et un petit château d’eau ainsi que dans des bâtiments.

Boue

En six ans, plus de 200 millions de F CFA ont déjà été investis, dont 100 millions pour démarrer l’exploitation. Des sommes provenant de fonds propres, car « les problèmes de financement sont un vrai casse-tête et il n’y a aucune subvention pour l’agriculture », soupire Bounzéki. Avec une trentaine d’employés (dont cinq permanents, les autres étant pour la plupart des saisonniers) et un chiffre d’affaires notable – celui du seul volet piscicole se monte à quelque 45 millions de F CFA -, BPH Agricole s’affirme comme l’une des grandes unités agricoles de la région.

Si l’exploitation n’a pas encore la certification « agriculture biologique », sa pratique n’en est pas moins 100 % naturelle. Ainsi, les fonds boueux des étangs sont utilisés comme engrais biologique. Les autres ambitions de BPH vont dans le même sens. Bounzéki compte notamment se lancer dans l’agrotourisme. « Je vais faire construire des cases et développer des activités touristiques autour de la découverte de l’agriculture et de la pêche sportive. » Un projet qui pourrait démarrer d’ici à 2015. 

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