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Hollande et l’Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Par Jeune Afrique

Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara, le 7 mai à l'Élysée. © Bertrand Langlois/AFP

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se méfient de François Hollande.

Du 6 mai, deux images vont rester. D’un côté, les concerts de klaxons à Ouagadougou et les cris de joie dans certains quartiers de Douala et de Libreville. De l’autre, la scène des « adieux » de l’Élysée entre Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara. D’autres chefs d’État africains, dont le président libyen Mustapha Abdeljalil, ont également téléphoné à leur homologue.

Nous sommes le lendemain matin de l’élection. Le Français a de gros cernes. Visiblement, il a mal dormi. L’Ivoirien ferme les yeux, comme un homme en prière. « Ouattara et Sarkozy pleurent leur défaite », titre Le Quotidien d’Abidjan, tandis que le camp Gbagbo exulte et espère que le nouveau président Hollande « exclura toute forme de démocratie par les bombes ». Bien sûr, tout cela ne change pas grand-chose aux relations entre Paris et Abidjan. Hollande a soutenu l’action militaire de la France contre Gbagbo, Ouattara peut donc compter sur lui. Mais cette séquence émotion en dit long sur le choc du 6 mai en Afrique.

Outre le président ivoirien, qui sont les perdants ? « Les chefs d’État d’Afrique centrale », estime un diplomate français qui les connaît bien. De fait, quand on lit l’échange de communiqués aigres-doux de décembre dernier entre le Parti socialiste français et le Parti démocratique gabonais, on devine que la relation entre Paris et Libreville ne sera pas un long fleuve tranquille. « Déby Itno est préoccupé par l’affaire Ibni [opposant disparu en 2008, NDLR], Sassou Nguesso, Bongo et Obiang par celle des « biens mal acquis », et Biya par les prisonniers de l’opération Épervier. Tous sont conscients qu’ils doivent faire attention. »

Qui sont les gagnants ? Le Sud-Africain Jacob Zuma, qui ne supportait plus « l’impérialisme de la France de Sarkozy » et qui a pu parler au téléphone avec Hollande dès le 7 mai. Et bien sûr les deux membres de l’Internationale socialiste, le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé. En privé, ce dernier est ravi de se débarrasser de Claude Guéant, proche de l’opposant Cellou Dalein Diallo. Son message de félicitations à Hollande commence par : « Cher camarade »…

Blaise Compaoré et le Nord-Mali

Le cas Blaise Compaoré est plus compliqué. D’un côté, le président burkinabè devine que, s’il modifie la Constitution, il s’attirera les foudres de Paris. De l’autre, en ces temps de lutte antiterroriste au Nord-Mali, il sait qu’il est très utile à la France. Deux autres chefs d’État sont dans l’expectative. Joseph Kabila (RDC), qui espère que Hollande ne boycottera pas son Sommet de la francophonie en octobre, et Andry Rajoelina (Madagascar), qui connaît le prix de l’amitié de la France depuis son coup d’État de 2009. Tous deux ont envoyé une lettre personnelle à Hollande.

Au Maghreb, avant même le 6 mai, le secrétaire général du Front de libération nationale, Abdelaziz Belkhadem, avait confié que l’élection de Hollande changerait de manière positive les relations franco-algériennes. Habilement, le président Bouteflika a saisi l’occasion du 67e anniversaire du massacre de Sétif pour déclarer, le 8 mai : « Seule une lecture objective de l’Histoire […] est à même d’aider les deux parties à transcender les séquelles du passé douloureux pour aller vers un avenir où règnent confiance, compréhension, respect mutuel et partenariat bénéfique. »

Les Marocains sont-ils perdants ? Pas forcément. Le message de félicitations de Mohammed VI est tonique : « Je suis persuadé que notre partenariat stratégique d’exception se raffermira davantage. » Il est vrai que la socialiste Martine Aubry a dit récemment au roi qu’elle soutenait son plan d’autonomie pour le Sahara.

La palme de la missive la plus astucieuse revient au Béninois Boni Yayi. Dans une lettre, le président en exercice de l’Union africaine invite Hollande à travailler pour une meilleure gouvernance en Afrique. Surtout, il a su préparer le terrain via un émissaire officieux en contact direct avec Emmanuel Macron, le jeune sherpa qui accompagnera le président français aux prochains sommets du G8 et du G20. 

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