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"Cet article est issu du dossier" «Automobile : l'Afrique dans la course»

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Sénégal – Automobile : les concessionnaires ont le blues

Show-room de la Sénégalaise de l'automobile, à Dakar. © Lee Gotemi pour J.A.

Le président sénégalais Macky Sall a assoupli les restrictions à l'importation de véhicules d'occasion. Une mauvaise nouvelle pour la profession alors que le marché du neuf peine à décoller au Sénégal, notamment chez les particuliers.

Rien n’y fait. Malgré le décret de 2001 interdisant l’importation de véhicules de plus de 5 ans (8 ans depuis avril), le marché des voitures neuves au Sénégal évolue peu, avec une progression comprise entre 5 % et 10 % chaque année. Si le Sénégal demeure le pays d’Afrique de l’Ouest où les ventes de véhicules neufs sont les plus importantes, tout est relatif : seuls 7 350 véhicules neufs ont été importés en 2011, 585 d’entre eux ayant ensuite été acheminés dans les pays de la sous-région.

Frilosité des banques sénégalaises

« Depuis quatre, cinq ans, la progression du secteur est plus limitée. Le marché de l’automobile n’est ni extensible ni mature, et les banques ne prêtent qu’aux sociétés », explique Jérôme Barth, directeur général de la Sénégalaise de l’automobile, premier importateur du pays. Résultat : chez le concessionnaire CFAO Motors Sénégal, 58 % des ventes se font à des entreprises privées, contre 27 % à des particuliers et 15 % à l’administration. Malgré l’émergence d’une classe moyenne au Sénégal, les banques restent frileuses quant à l’octroi de prêts, incitant les concessionnaires à proposer aux particuliers des offres incluant financement et assurance pour pouvoir capter ce marché.

En 2012, les chiffres des ventes ne s’annoncent pas non plus sous les meilleurs auspices. « Le début d’année est un peu mou. Cela est lié aux élections, nous avons besoin d’un renouveau économique », indique Fabrice de Creisquer, PDG de CFAO Motors Sénégal. En toile de fond, la crainte que le décret du président Macky Sall relevant à 8 ans l’âge des véhicules interdits d’importation ne nuise au marché. « Lors du premier trimestre 2012, le marché s’est effondré de 8 % avant même que le décret soit signé », souligne Jérôme Barth.

La concurrence déloyale des "Grey dealers"

Autre explication à ce marché atone : la présence des « grey dealers ». « Ces concessionnaires qui n’ont ni service après-vente ni contrat avec les constructeurs nous font une concurrence déloyale », dénonce Fabrice de Creisquer.

Pour contrebalancer des ventes qui plafonnent, on note l’arrivée de voitures made in China. Un créneau occupé depuis 2006 par le concessionnaire dakarois Espace Auto. « Les véhicules de moins de 5 ans en provenance d’Europe restent chers, or les gens aiment les voitures neuves… Donc autant avoir du neuf bon marché. Les marques Chery et Great Wall coûtent par exemple entre 30 % et 40 % de moins que leurs concurrentes occidentales, et la moins chère des chinoises est à 3,9 millions de F CFA [5 950 euros, NDLR] », précise Babacar Gueye, directeur général adjoint d’Espace Auto. Dernière solution pour dynamiser les ventes : le développement du crédit-bail et de la location longue durée. Un marché qui s’accroît lentement mais sûrement.

L’occasion, un créneau porteur

Si, côté véhicules neufs, les 4×4 tiennent incontestablement le haut du pavé, le marché de l’occasion demeure quant à lui centré sur les berlines : Peugeot, Renault, Mercedes… C’est un « créneau porteur pour les revendeurs », selon Guillaume Blandin, cofondateur de dakar-auto.com, un site gratuit de petites annonces spécialisé dans les voitures d’occasion et destiné aux particuliers, les entreprises et les administrations se focalisant sur le neuf. « Les volumes proposés sont relativement importants et les tarifs très élevés. Deux raisons à cela : les prix des voitures neuves, eux aussi très hauts à cause des taxes à l’importation, et l’interdiction d’entrée sur le marché des véhicules de plus de 8 ans », ajoute-t-il. Depuis la création du site en avril 2011, 3 000 petites annonces ont été publiées. A.F.

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