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C’est quoi, cette salade grecque ?

par

Fouad Laroui est écrivain.

Je reviens d’Athènes. Une semaine après les élections législatives, le choc n’est pas atténué. Des dizaines de milliers de Grecs ont voté pour un parti néonazi – Jawohl, mein Herr ! Mânes de Socrate… Depuis quand les Hellènes sont-ils des bons Aryens ? D’autres Grecs, des centaines de milliers, ont opté pour des partis qui rejettent la politique destinée à résoudre la crise de la dette. Mais alors, quel est leur programme ? Viva la muerte ? Avec nous le déluge ? Pendons quelques métèques ? On n’en sait trop rien. C’est le grand problème de la démocratie : chaque voix compte même quand c’est clairement la voix d’un idiot.

– Que faire ?, me demandez-vous.

Eh bien, c’est simple : il faut désormais utiliser le bulletin de vote de chaque électeur pour décider de son aptitude à la démocratie. Au diable, le secret du scrutin ! Quiconque donne sa voix à un parti farfelu, un parti qui promet la lune, devra désormais aller voter sur la lune. Avec un aller simple. Et pas question pour l’État de subventionner son voyage.

Quiconque vote pour les néonazis sera enfermé dans un bunker, avec obligation de lire mille livres de biologie, de paléontologie et d’anthropologie. Il ne pourra en sortir qu’après avoir compris qu’il n’y a pas de races parmi les hommes mais seulement une espèce : l’espèce humaine. Entretemps, il sera interdit de vote : soyons logique, il n’est pas simple de faire entrer un isoloir dans un bunker fermé hermétiquement.

Quiconque applaudit les tribuns populistes qui constellent leurs discours de « y a qu’à », devra faire un stage de réalisme. Il devra prouver, devant une commission ad hoc, qu’il comprend les rudiments de l’économie. Par exemple, on lui posera la question : est-il possible de doubler la richesse de tous les habitants d’un pays d’un coup de baguette magique ? Ici, le piège, ce sont les mots « baguette magique ». Tout quidam qui ne répond pas immédiatement qu’un tel accessoire n’existe que dans les contes de fées devra rendre sa carte d’électeur et ne plus jamais voter.

Enfin, quiconque prétend mêler Dieu aux élections sera interdit de vote – jusqu’au retour du Messie – pour sacrilège : comment concevoir que Dieu ait un avis sur l’âge de la retraite, la réforme des chemins de fer ou le budget du ministère des Postes ?

Vous m’objectez que cela revient à réinventer le suffrage censitaire. Pas tout à fait : ce ne sont pas les plus riches qui seraient autorisés à voter mais les plus raisonnables. Vous protestez énergiquement : le suffrage universel est un des grands acquis de l’humanité ! D’accord ; mais franchement, il y a des lendemains d’élection grecque qui nous en feraient douter…

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