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Explosion à Brazzaville : le temps des soupçons

Brazzaville ravagé par l'explosion d'un dépôt d'armes, le 4 mars. © Guy Gervais Kitina/AFP

Deux mois après le drame qui a endeuillé la capitale congolaise, vingt-trois personnes ont été déférées devant la justice. Ce qui semble conforter la thèse de l'origine criminelle de la catastrophe.

L’explosion d’un dépôt d’armes dans le quartier brazzavillois de Mpila, qui a fait 282 morts, plus de 2 300 blessés et de 14 000 sans-abri le 4 mars, a plongé la capitale dans la tragédie. Et soulevé beaucoup de questions : s’agissait-il d’un acte criminel ou d’un simple accident causé par un court-circuit – selon la thèse officielle qui a prévalu au moment des faits ? Au lendemain du drame, le président congolais Denis Sassou-Nguesso a mis sur pied une commission d’enquête composée de neuf membres et dirigée par le colonel Philippe Obara, numéro un de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST).

Au bout de deux mois d’investigations, cette commission a interpellé vingt-trois personnes – « des officiers et assimilés » et un civil. Placés en garde à vue plusieurs jours durant au siège de la DGST, les suspects ont été transférés à la maison d’arrêt de Brazzaville, après que leur dossier eut été transmis au ministère de la Justice. Le 7 mai, ils ont été déférés devant le tribunal de grande instance de Brazzaville. Onze chefs d’inculpation – dont celui, inquiétant, d’atteinte à la sûreté de l’État, qui implique que l’explosion pourrait être d’origine criminelle – leur ont été signifiés par le doyen des juges, qui a ouvert une information judiciaire.

Le colonel Marcel Ntsourou, principal suspect

L’affaire prend une dimension particulière quand on sait que le principal suspect n’est autre que le colonel Marcel Ntsourou, numéro deux du Conseil national de sécurité, que dirige Jean-Dominique Okemba, conseiller spécial du chef de l’État. Proche de Sassou-Nguesso, qu’il a soutenu pendant la guerre civile de 1997, cet officier aurait, selon certaines sources, pris ses distances avec le pouvoir, envers lequel « il ne cessait de tenir un discours très critique ». On le présente comme un aigri, qui remâchait sa déception de n’avoir jamais été promu général. Le 3 mars, lors d’une réception à son domicile, Ntsourou aurait annoncé à ses hôtes que « la peur [allait] bientôt changer de camp ». Un stock d’armes aurait été trouvé chez lui.

En attendant de savoir si les accusations portées contre le colonel Ntsourou et les autres suspects sont fondées, la thèse d’une tentative de putsch, évoquée dès les premières heures de la catastrophe, semble désormais privilégiée par les autorités au détriment de celle de l’accident.

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