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Togo : chasse aux crânes à Lomé

Oracle Vaudou dans l'une des échoppes d'Akodessewa. © François Guenet/Fedephoto.com

Os de toucan, vertèbres de rhino ou peaux de serpents... On trouve de tout au marché aux fétiches de Lomé. À condition de bien vouloir y mettre le prix.

Ici, on promet tout, mais on ne garantit rien. Bienvenue dans le marché aux fétiches de Lomé, la capitale togolaise, parfois appelé aussi le marché aux crânes. Installé depuis les années 1990 dans le quartier d’Akodessewa, on y trouve, pêle-mêle, des crânes d’animaux, des cornes, des peaux, des organes… Bref, tout ce qui peut servir à la réalisation de rites vaudous.

Il faut emprunter le boulevard de la Marina, où slaloment des zémidjans (motos-taxis) et d’où on aperçoit au loin les vagues du golfe de Guinée. Au détour d’une rue, un parfum mystérieux accueille le visiteur – un parfum où se mêlent la poussière, l’odeur âcre des ossements d’animaux et des restes d’herbes inconnues. Au milieu du marché, fait de hangars et de tôles rouillées, une vaste cour sablonneuse où les rabatteurs guettent l’arrivée du visiteur. Dans la matinée, ce sont des touristes européens qui ont acheté des statuettes et des caméléons vivants. « La visite, c’est 5 000 F CFA [7,60 euros, NDLR] », nous explique-t-on. Gnininvi, notre rabatteur, nous guide entre des crânes de toucan et une colonne vertébrale de caïman, contourne un cubitus d’éléphant et une omoplate de sanglier, évite le cadavre séché d’une hyène étendu à même le sol et frôle des peaux de python et de crocodile, des plumes d’aigle et de pélican… On trouve de tout à Akodessewa, jusqu’aux poupées vaudoues piquées de pointes et aux remèdes à base de plantes censés guérir du sida.

Sorcier

Adeola, un homme d’affaires nigérian, est l’un des clients du jour. Il vient de Lagos et cherche des ossements que lui a commandés un sorcier qui compte les utiliser pour fabriquer un grigri devant lui apporter chance et succès. Le vendeur, un vieux prêtre vaudou au regard malicieux, lui trouve la « marchandise », mais l’ami qui accompagne ce jour-là l’homme d’affaires nigérian doute de l’authenticité des ossements. Suspicion justifiée. Au marché aux fétiches, il n’est pas rare que l’on fasse passer une vertèbre de sanglier pour une vertèbre de rhinocéros. Tout comme on souffle qu’il est possible de se procurer, dans le plus grand secret et à condition d’y mettre le prix, des os humains – même si c’est officiellement illégal. Adeola, lui, n’ira pas jusque-là. Aujourd’hui, il aura déboursé la coquette somme de 350 000 F CFA, mais ce n’est pas cher payé : certains ossements sont vendus jusqu’à 1,5 million de F CFA.

Le businessman quitte le marché l’air soulagé. Rien ne garantit que le cocktail que son sorcier va lui préparer le rendra prospère. Mais à l’instar de ceux qui viennent à Akodessewa afin de s’acheter des philtres d’amour, des statuettes vaudoues ou des ossements pour fabriquer des grigris qui protègent contre les mauvais sorts ou les accidents de la route, il y croit dur comme fer. Interrogé sur la fiabilité de ses remèdes, le vieux vendeur avec lequel il a fait affaire a une réponse simple, qui marche à tous les coups : « Si les esprits le veulent, il n’y a aucune raison que cela ne marche pas. » Croie donc qui voudra ! 

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Par André Silver Konan, envoyé spécial

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