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Sénégal : Jules Bocandé, le Lion est mort

Le 15 mai, à Dakar. Pour Macky Sall, Bocandé était un "héros". © AFP

Au Sénégal, c'est un hommage national qui a été rendu, les 15 et 16 mai, à Jules Bocandé, ancienne star du football africain.

Près de 30 000 personnes pour assister à un hommage national au Sénégal, parmi lesquelles des stars du ballon rond, des lutteurs, le Premier ministre et même le président de la République. Une cérémonie retransmise en direct à la télévision depuis le légendaire stade Demba-Diop, à Dakar, une dépouille transportée par un Fokker de l’armée sénégalaise, l’école buissonnière décrétée pour tous les élèves de Ziguinchor le jour de l’enterrement… A-t-on jamais vu de telles obsèques pour un sportif africain ?

Héros

L’hommage rendu par le Sénégal à la mémoire de la légende du football national, Jules Bocandé, les 15 et 16 mai, était digne de ceux que l’on réserve habituellement aux anciens chefs d’État – rien à voir avec l’enterrement sans envergure de Rashidi Yekini, la star des Super Eagles qui s’est éteinte le 4 mai au Nigeria. « Si un tel homme n’est pas un héros, qu’est-ce alors qu’un héros ? » a demandé le président Macky Sall à l’occasion d’un discours solennel

Rêve

Bocandé a quitté ce monde à l’âge de 53 ans le 7 mai en France, à la suite d’une opération chirurgicale. Cet attaquant connu pour son caractère bien trempé avait été sacré en 1986 meilleur buteur du championnat de France avec le FC Metz, à une époque où les footballeurs africains n’étaient pas encore légion en Europe. Dans les années 1980, il avait été le symbole de la renaissance de la sélection nationale. « Il nous a fait rêver », se souvient un supporteur des Lions de la Teranga.

Pourtant, « ses exploits n’étaient plus très frais dans les mémoires », rappelle le politologue Babacar Justin Ndiaye. Pour lui, la gloire rendue à ce natif de la Casamance est « démesurée » et prend tous les traits d’une « récupération politique » à l’approche des élections législatives. Nouha Cissé, le président du club de Casa Sport (Ziguinchor), où Bocandé a débuté en 1978, y voit une autre explication : « Tout ce cérémonial, c’est une sorte de rattrapage, car nous ne l’avons pas assez distingué de son vivant. » Mais il n’exclut pas les arrière-pensées. Le nouveau gouvernement a fait du retour de la paix en Casamance un de ses objectifs prioritaires. Or Bocandé, comme le note Cissé, est le « symbole d’une Casamance conquérante ». L’élever au rang de héros, c’est flatter le peuple casamançais. 

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