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France – Mali : Gaoussou Goïta, la fibre textile

Gaoussou Goïta. Ce styliste franco-malien crée des vêtements uniquement en coton biologique. © Yohann Bello/J.A.

Ce styliste franco-malien veut valoriser la première ressource de son pays d'origine, le Mali, en créant des vêtements uniquement en coton biologique.

Sur sa chemise, deux têtes de lion brodées, un mâle et une femelle, se font face, gueules ouvertes formant un G. À ses pieds, une besace en cuir frappée du même logo. L’emblème de la ligne de vêtements de Gaoussou Goïta renvoie bien entendu à ses initiales. Il l’a choisi en 2008, lorsqu’il a déposé sa marque. En avalant son deuxième café, les yeux pétillants, le styliste raconte sa passion pour la mode. Il se souvient de son arrivée en France, en 1998, quand il voulait « devenir un grand couturier ». Installé dans un foyer de travailleurs immigrés africains du 13e arrondissement – où il vit toujours -, il a commencé par créer des tenues pour lui, puis pour les autres, sur commande. « Aujourd’hui, le rêve est en train de devenir réalité », souffle-t-il avec un large sourire.

Il y a quelques semaines, le 13 avril, il a fait défiler ses créations sous la tour Eiffel, lors de la première édition de la Nuit verte, dont le Mali était l’invité d’honneur. En participant à cet événement qui promeut une agriculture respectueuse de l’environnement, Goïta a vu le couronnement de son projet : valoriser le coton biologique de son pays d’origine – qu’il a quitté à l’âge de 30 ans. Un coton qui « réduit l’utilisation d’engrais non naturels et offre les meilleures matières pour [ses] vêtements ».

Enfant, ce fils de tisserand né à Niono, dans la région de Ségou (centre du Mali), ne songe pourtant pas à la couture. À peine majeur, il fugue chez sa tante à Bamako et se rêve mécanicien. Son frère lui présente un ami garagiste, mais le jeune Goïta tombe mal : des apprentis viennent de voler des pièces et le patron n’est pas prêt à renouveler l’expérience. Finalement, c’est chez un couturier qu’il commence à travailler. « On m’a montré une machine à coudre, et en une semaine je savais m’en servir », explique-t-il sans prétention. À Niono, le père furieux envoie chercher le fils rebelle. Son employeur devra user de tous les arguments pour le garder. Après quinze jours au foyer familial, Goïta reprend la route de Bamako, où il travaillera deux ans comme apprenti – une durée record vu les cinq à dix ans d’apprentissage nécessaires – avant d’ouvrir son propre atelier. Mais « en Afrique, la vie pour les petits métiers n’est pas facile ».

Après huit ans au Gabon et trois mois au Cameroun, Goïta décide d’émigrer vers la France. « Je suis parti en Europe pour aller chercher de l’argent et de meilleures machines, mais je ne suis pas revenu ! » raconte le styliste de 44 ans. Depuis, il a représenté son pays en exposant ses créations à la Semaine de l’Afrique organisée par l’Unesco en mai 2009 à Paris, habillé les dix finalistes de Miss Mali France 2010 et même convaincu l’ancien président malien Amadou Toumani Touré d’arborer une casquette Goïta.

« Gaoussou a une démarche différente des autres créateurs », insiste Sory Guindo, son binôme depuis quatre ans. Ce passionné de mode qui a travaillé pendant trente ans dans le textile à Paris est le précieux soutien – notamment financier – du créateur franco-malien. Il a déjà accompagné de nombreux stylistes comme les Camerounaises Micheline Tatou et Vicky Toudou, le Nigérien Alphadi, l’Afro-Asiatique Almen Gibirila ou encore le Malien Chris Seydoux, qui de son temps valorisa le bogolan. Goïta a d’ailleurs fait de ce dernier son modèle.

En 2009, le Malien ajoute à ses tenues – à cette époque coupées dans le synthétique et le satin, dans un style très sportswear – des pièces de coton. C’est le déclic : désormais, il n’utilisera plus que cette fibre. Audacieux, il demande au ministre malien de l’Artisanat et du Tourisme de participer à la Fête de l’artisanat et du tourisme du Mali, à la chambre de commerce et d’industrie de Paris, en octobre 2009. De même, en 2010, il se porte volontaire pour habiller la troupe de la Biennale artistique et culturelle du cinquantenaire, à Sikasso. Mais audace rime aussi avec imprévus. Alors qu’il vient de convaincre les organisateurs du premier forum des jeunes entrepreneurs au Mali de le faire défiler, il ne dispose pas de mannequins pour porter ses créations. « On a pris les hôtesses du forum, raconte Guindo en riant. Mais elles n’avaient jamais défilé, et pour quitter le podium elles marchaient en reculant ! Quand on regarde la vidéo, on en rigole encore. »

Un jour, Gaoussou Goïta rentrera au Mali pour mettre sur pied une école de formation à Bamako, afin de transmettre les compétences acquises à l’École de la chambre syndicale de la couture à Paris (en 2004 et 2005). « Pendant ma formation, je voyais des Asiatiques qui venaient en France « prendre le style » et retournaient ensuite chez eux, explique-t-il. Pourquoi ne pas aussi rentrer chez moi après avoir acquis une méthode ? » Le créateur envisage d’ailleurs, en optant pour une fabrication sur place, de répondre à des besoins précis en fournissant les blouses des infirmières, les uniformes des écoliers, les tenues des militaires et celles des hôtesses de l’air. Mais l’instabilité qui règne au Mali a pour l’instant suspendu ses projets. « Je me sens encore plus touché que tous les Maliens, affirme-t-il. Je ne sais pas ce qui va se passer, j’attends. »

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