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Maroc – France : Mohamed Marfouk, le bon cadre de LVMH

Écrit par Anaïs Heluin

Mohamed Marfouk (Maroc), directeur des opérations de LVMH, à Paris le 6.03.2012. © Vincent Fournier/J.A.

Originaire de Casablanca, ce Marocain est directeur des opérations au sein du groupe LVMH. Loin des paillettes du monde du luxe, il ne jure que par ses objectifs.

Spacieux et bien éclairé, le bureau de Mohamed Marfouk offre une vue imprenable sur le quartier des Champs-Élysées. Pourtant, la sobriété du lieu tranche avec le hall d’accueil du bâtiment sis rue Montaigne. Sacs à main, montres, bouteilles d’alcools fins souhaitent la bienvenue et font patienter les visiteurs jusqu’à l’heure de leur rendez-vous. C’est que M. Marfouk travaille pour l’un des leaders mondiaux du luxe, le groupe LVMH (Louis Vuitton – Moët Hennessy), où il est directeur des opérations. Un poste qui le met en contact avec la soixantaine de maisons qui composent le groupe.

Coups de fil répétés et défilé de collègues rythment la journée de Mohamed Marfouk et entretiennent l’afflux d’adrénaline recherché par cet homme qui, sous une apparence calme et détendue, court sans cesse après ses objectifs. Chose d’autant plus impressionnante que, avec une centaine de personnes à son service, le businessman couvre trois domaines différents : la gestion des systèmes d’information du groupe, la direction des achats et la chaîne logistique. Et ce auprès de l’ensemble des sociétés réparties en cinq secteurs d’activité : les vins et les spiritueux, la mode et la maroquinerie, les parfums et les cosmétiques, les montres et la joaillerie ainsi que la distribution sélective.

« Depuis mon arrivée en 2009 à ce poste, mon rôle consiste à faire travailler dans l’harmonie ces nombreuses filiales réparties dans le monde entier », explique-t-il. Ce qui l’oblige à voyager beaucoup à New York, où se trouve le siège de LVMH, mais aussi en Asie, à Singapour, Hong Kong, Tokyo et Shanghai. Se retrouver plongé dans une dynamique de travail différente l’enthousiasme : « Je m’adapte à d’autres façons de faire et suis toujours ravi de rencontrer, dans les pays émergents, des personnes qui ont encore un couteau entre les dents. Cela change de l’Europe et de sa morosité… » Ici, la décroissance ou la stagnation économique l’obligent à revoir sans cesse ses modes opératoires, à essayer de faire plus avec moins de moyens. Là-bas, il optimise son procédé, améliore des résultats déjà excellents…

Féru de littérature arabe dans sa jeunesse, il rêvait de devenir poète ou romancier. Une idée qu’il écarte maintenant d’un revers de main, avec un sourire amusé.

Rigoureux, Marfouk est conscient de la chance qu’il a de travailler pour une entreprise dont le chiffre d’affaires est d’environ 23 milliards d’euros. Pour venir en France, le jeune homme né en 1964 à Casablanca a suivi le même chemin que tant d’autres. Après un bac scientifique, il a opté pour une classe préparatoire scientifique à La Rochelle (ouest de la France) puis pour l’École centrale de Paris. Juste parce que cette voie était alors considérée comme étant la meilleure par ses professeurs. Ses parents, eux, ancrés dans un quotidien bien marocain, étaient plutôt éloignés de ces réalités. Avec huit enfants à élever, plus ceux de l’orphelinat de Casablanca où travaillait son père et qui venaient souvent partager les repas familiaux, les projets d’avenir du jeune Mohamed n’ont jamais suscité de débat dans la famille. L’actuel cadre plein de responsabilités a grandi comme bien des enfants, plongé dans l’instant présent, sans plan de carrière arrêté. Après ses cours et ses devoirs, tous les week-ends, il s’adonnait plein d’entrain à la passion quasi universelle des adolescents : le football. Une jeunesse bien éloignée, donc, de la vie hyper­active qu’il mène aujourd’hui. D’autant qu’à l’époque, féru de littérature arabe, il rêvait de devenir poète ou romancier. Une idée qu’il écarte maintenant d’un revers de main, avec un sourire amusé.

Son idéal, Mohamed Marfouk l’a trouvé dans les défis du monde de l’entreprise. Pas seulement chez LVMH, mais auparavant chez Colgate-Palmolive, puis chez Danone. Il a passé dix ans dans le premier groupe à des postes d’organisation et dans les systèmes d’information ; puis onze ans dans le deuxième, où il a fini par s’occuper de la chaîne logistique de la branche « biscuit » au moment du redémarrage de celle-ci. Avant d’atteindre son poste actuel, il a aussi eu le temps d’être directeur général de la société Chateaud’eau en France et au Luxembourg. Son salaire actuel, il refuse de le rendre public.

Ce parcours bien rempli n’a pas empêché le cadre d’avoir une vie personnelle épanouie. Marié avec une Marocaine rencontrée à Paris et père de deux garçons âgés de 12 ans et 16 ans, il se veut père de famille attentif, aussi présent que possible. Son objectif : informer au maximum ses enfants sur le système scolaire pour leur permettre de faire ce qui leur convient, sans jamais rien imposer. Il tient aussi à ouvrir leur horizon culturel et profite des vacances pour emmener ses petits Parisiens à Casablanca et rendre visite à sa famille ainsi qu’à celle de son épouse. Voilà un homme bien sous tous rapports.

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