Malawi : Joyce Banda, la femme qui détonne

Jets, limousines... Joyce Banda, présidente du Malawi, vend tout. © SIPA

La présidente du Malawi change tout dans son pays et sème le trouble à l'Union africaine.

C’est à bord d’un avion de ligne de British Airways que Joyce Banda est venue à Londres, le 5 juin, assister au jubilé d’Élisabeth II. Et pour cause : la nouvelle dirigeante du Malawi venait d’annoncer la vente imminente du jet présidentiel ainsi que de soixante limousines appartenant au gouvernement. « J’ai l’habitude de faire du stop ! » a-t-elle plaisanté. Cette annonce est encore un exemple de sa rupture avec les pratiques de Bingu wa Mutharika – son prédécesseur, décédé le 6 avril – destinée à donner des gages aux bailleurs de fonds.

Alors qu’elle devait être l’hôte du prochain sommet de l’Union africaine, prévu à Lilongwe du 9 au 16 juillet, Joyce Banda, 62 ans, a également fait savoir que son homologue soudanais, Omar el-Béchir, poursuivi par la Cour pénale internationale, serait arrêté s’il se présentait au Malawi. Campant sur sa position face à ses pairs, elle a même préféré renoncer à accueillir la grand-messe panafricaine.

Nécessité. Depuis son arrivée au pouvoir, l’ancienne vice-présidente a décidé de réhabiliter l’ancien drapeau national, frappé d’un soleil levant – Mutharika avait jugé le pays suffisamment développé pour mériter un soleil au zénith. Elle a aussi annoncé la légalisation de l’homosexualité et a accepté de dévaluer le kwacha malawite. Ses décisions sont guidées par la nécessité de renouer avec les bailleurs de fonds, qui fournissaient plus de 40 % des recettes de l’État il y a peu. Mutharika avait rompu sans ménagement avec eux. Mais la dégradation de l’économie faisait craindre un effondrement à la zimbabwéenne. Un risque qui s’est éloigné avec Joyce Banda : la Grande-Bretagne a promis une aide de 40 millions d’euros, et le Fonds monétaire international un prêt de 125 millions d’euros sur trois ans