Politique

Israël – Palestine : une colonie de perdue, dix de retrouvées

Manifestation de colons opposés à l'évacuation de l'implantation d'Oulpana, le 4 juin. © SIPA

Véritable obstacle au processus de paix, l'épineux dossier des implantations juives agite la coalition de Benyamin Netanyahou. En cause, le démantèlement d'un quartier illégal en Cisjordanie. Qui pourrait n'être que de la poudre aux yeux...

Derrière sa sonorité exotique, Oulpana est à l’origine d’une crise politique majeure au sein du gouvernement israélien. Ce nom renvoie à cinq bâtiments résidentiels érigés en 2006 sur les hauteurs de Beit El, une colonie juive située aux portes de Ramallah. Rien que de très banal en Cisjordanie. Sauf que ce quartier en devenir a pris place sur des terres privées palestiniennes. Après une plainte des propriétaires de la parcelle relayée par des ONG israéliennes, l’État hébreu s’était engagé à démolir les immeubles au 1er mai 2012, avant de demander, à la veille de l’échéance, un ultime délai. Après avoir accordé au gouvernement soixante jours supplémentaires pour s’exécuter, la Cour suprême vient de rejeter toute nouvelle prolongation. Elle exige l’évacuation, avant le 1er juillet prochain, de la trentaine de familles juives installées à Oulpana.

Dans un premier temps, le gouvernement a envisagé leur relogement à Beit Hanina, un quartier palestinien de Jérusalem-Est, où des colons tentent vainement de s’implanter depuis plusieurs années. Mais, pour écourter le bras de fer engagé par son aile droite, hostile à toute destruction de maisons, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a finalement proposé de déplacer les 150 habitants d’Oulpana sur un autre terrain de Beit El, jouxtant une zone militaire abandonnée. « Même si cette mesure ne nous réjouit pas, nous devons honorer les décisions de notre système judiciaire. Mais la communauté de Beit El va s’agrandir. Les 30 familles seront bientôt rejointes par 300 autres », a promis le chef du gouvernement.

Ses propos n’ont pas suffi à rassurer le puissant lobby des colons. Car, à ce jour, ce sont près de 9 000 maisons construites illégalement en Cisjordanie qui font l’objet d’un litige devant la Cour suprême. Concrètement, de nombreux ténors de la droite nationaliste redoutent que le cas d’Oulpana ne fasse jurisprudence et ne provoque un effet domino. « C’est de l’expulsion de 70 000 Juifs dont il pourrait s’agir, de l’anéantissement de communautés entières, sur un territoire dix fois plus grand que le Gush Katif [anciennes colonies juives de la bande de Gaza, NDLR], s’alarme Yaakov Katz, le chef du parti de l’Union nationale. Ce serait un mégadésengagement. »

Fort Alamo

Plusieurs députés frondeurs du Likoud, la formation de Netanyahou, ont tenté de porter la bataille à la Knesset en proposant une loi qui autorise, a posteriori, la construction de maisons ou d’avant-postes sur des terres palestiniennes. Plus précisément, elle limite à quatre ans tout processus judiciaire engagé contre la légalité d’une colonie, un délai bien trop court. Craignant une levée de boucliers de la communauté internationale, le Premier ministre a menacé de limoger tout ministre qui voterait en faveur d’une telle législation. Sa mise en garde s’est révélée dissuasive : le 6 juin, le texte a été rejeté par le Parlement à une large majorité de 69 voix contre 22.

Le Premier minstre annonce dans la foulée la construction de 851 logements en Cisjordanie.

« Aucun gouvernement ne soutient l’entreprise de colonisation comme celui que je dirige », s’est défendu dans la foulée Netanyahou, annonçant, comme pour joindre la parole aux actes, la construction de 851 nouveaux logements en Cisjordanie. « Trente appartements évacués contre 850, c’est le meilleur deal possible », s’est réjoui le ministre du Logement, Ariel Attias. Mais les colons restent mobilisés. Après une marche à Jérusalem émaillée d’incidents avec la police le jour du vote à la Knesset, des milliers d’entre eux se préparent à défendre Oulpana, nouveau Fort Alamo. Leur irrédentisme inquiète les responsables israéliens et fait ressurgir le spectre de la violence. D’autant qu’une autre bataille se profile : celle de Migron, un avant-poste dont l’évacuation est prévue avant le 1er août. 

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